La ministre Marguerite Blais et Marie-Marthe Lespinay, coordonnatrice de la Table régionale de concertation des aînés et responsable du projet.
Projet pilote centricois pour prévenir le suicide chez les âgés
Le taux de suicide a bondi de 85% en vingt ans chez les 65 ans et plus
«Enfin, on en parle!», s’est exclamée la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, évoquant le phénomène du suicide chez les aînés, pour lequel le Centre-du-Québec figure au 4e rang de ce triste palmarès pour ce qui concerne les 50 ans et plus.
La ministre était dans la région pour assister au lancement de ce projet de prévention de la détresse psychologique et du suicide chez les aînés, orchestré par la Table régionale de concertation des aînés du Centre-du-Québec.
D’ici l’été, grâce au travail d’un comité spécialement formé à cette fin, la Table de concertation offrira une série d’activités pour sensibiliser la population à l’ampleur du phénomène du suicide chez les aînés, mieux comprendre ses particularités, aider les personnes en détresse et outiller leurs proches à réagir aux signaux avant-coureurs, a expliqué Marie-Marthe Lespinay, responsable du projet.
«Ces activités que l’on élaborera et documentera avec des spécialistes, on espère pouvoir les tester auprès de groupes témoins, puis les offrir à la population de la région. On espère pouvoir les faire essaimer dans tout le Québec», a-t-elle ajouté.
Différents ateliers afin de reconnaître les signes précurseurs, mieux intervenir dans son milieu, soutenir les proches d’aînés ayant des idées suicidaires, une formation spécifique pour le personnel du réseau de la santé, une formation à l’écoute émotive, la création d’un réseau de vigilance, tout cela fait partie de ce que la Table appelle son «coffre à outils».
Pour élaborer son «coffre à outils», la Table a obtenu deux subventions, une de 30 000$ du Comité régional en développement social, et une autre de 25 000$ du programme fédéral Nouveaux horizons pour les aînés. Au Comité régional, la coordonnatrice France Fradette a déclaré que la «qualité du vieillissement» constituait un enjeu fondamental de notre société, un «enjeu qui nous concerne tous».
Les aînés se suicident davantage
Dans l’ensemble, le taux de suicide a généralement diminué au Québec. Mais pas chez les 65 ans et plus. Il a même bondi de 85,4% entre 1977 et 1999. Selon le docteur Michel Préville de l’Université de Sherbrooke, le taux moyen de suicide chez les 65 ans et plus était de 30% plus élevé que chez les 10-19 ans.
En Mauricie et au Centre-du-Québec, 41% de tous les suicides avaient emporté des gens de 50 ans et plus au cours 2006, année pour laquelle on n’avait d'ailleurs pas fini de compiler les données. «Et ce ne serait que la pointe de l’iceberg, les suicides des âgés étant parfois dissimulés par la famille ou par le milieu institutionnel», a précisé Sylvie Allard, directrice du Centre d’écoute et de prévention Suicide Drummond.
Ces suicides chez les plus âgés, on les dissimulerait en raison de tabous et de mythes persistants, a-t-elle ajouté.
«Certaines morts paraissent «naturelles» ou «accidentelles». «Des gens peuvent se laisser mourir en refusant de prendre leurs médicaments contre le cancer ou le diabète.»
Quant aux mythes, la Table en aura quelques-uns à déboulonner. Le suicide des aînés serait banalisé parce qu'on croit qu'il est le fait d’un acte logique et rationnel, qu'ils sont «décidés à mourir». On croit par ailleurs que, de toute façon, le vieillissement induit «normalement» la dépression et les idées suicidaires.
Sylvie Allard a ajouté qu’au moins 75% des aînés morts par suicide avaient exprimé leurs idées noires au cours des six derniers mois avant leur décès ou encore avaient adopté un comportement suicidaire. «Malgré les signes, ces personnes n’ont donc pas été bien comprises.»
Les gens du Comité ont déjà identifié plusieurs facteurs de risque de suicide. La mort du conjoint ou de la conjointe en est un important, de même que les deuils successifs de parents et d’amis. La maladie physique, la souffrance, l’isolement social, le sentiment de solitude, la retraite non préparée, l’insécurité financière, le placement non désiré, l’absence de projet de vie et de rôle social en sont d’autres.
La ministre parle d’âgisme
Selon la ministre Blais, en amont de la détresse psychologique qui peut mener des personnes âgées à s’enlever la vie, il y a aussi tout le phénomène de l’«âgisme», ce regard que la société actuelle pose sur ses membres les plus âgés. «Et l’âgisme n’est pas pratiqué que par les jeunes! Certains gestionnaires âgés l'exercent», a-t-elle souligné.
Lors de la consultation qui l’a menée dans tous les coins du Québec pour s’enquérir des conditions de vie des aînés, Marguerite Blais a pris la mesure de la perception entretenue à l'égard de la vieillesse.
Elle a adopté, comme un «mantra», ce qu’une dame âgée avait dit lors de la consultation. «Quand je parle, personne ne m’écoute, quand je passe, personne ne me regarde.»
Il est faux de croire que se retirer du marché du travail, c’est se retirer de la vie, a poursuivi la ministre. «Comme si l’identité d’une personne ne tenait qu’à son travail! Les personnes plus âgées ont un poids politique et économique important. Il n’y a pas que les jeunes qui font de la conciliation famille-travail, les grands-parents s'y mettent aussi, gardant les petits-enfants, aidant parfois même les jeunes familles à boucler leur fin de mois.»
Elle a invité les gens des tables locales et des organismes oeuvrant auprès des aînés à devenir des «agents de changement».
L’amélioration des conditions de vie des personnes âgées n’appartient pas qu’au gouvernement, pas plus qu'aux partis politiques, a-t-elle ajouté. Le regard qu’on pose sur les âgés a aussi son importance, un regard pouvant sauver une vie, a-t-elle conclu.