Lettre ouverte à la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, ministre de la Famille
À la lecture du nouveau programme Éthique et culture religieuse, approuvé par votre ministère le 13 juillet 2007, il est évident qu’aucune des recommandations faites par le Mouvement Humanisation lors de la consultation n’a été retenue.
Vous comprendrez, Madame la ministre, pourquoi un mouvement éducatif, qui vise à faire respecter le droit inaliénable de chaque enfant à une éducation et à une éthique humanisantes est dans l’obligation morale de lutter contre la mise en place d’un programme supposément éthique qui n’est en fait qu’une énorme mystification. On a complètement noyé l’éthique, qui se doit d’être laïque, dans un programme religieux.
Chaque enfant hérite dans son patrimoine génétique d’un potentiel d’humanité. Ces potentialités humaines sont essentiellement mentales. C’est en actualisant ces potentialités mentales que les humains réussissent à s’humaniser malgré leurs instincts et leurs pulsions hérités de leur animalité. Ces potentialités sont la conscience de soi, la raison, le langage, la volonté, l’apprentissage ainsi que leurs propriétés émergentes : la créativité, l’autonomie et la moralité et qui déterminent le niveau d’humanité que chacun d’entre nous atteindra au cours de sa vie.
Tous les humains, et plus particulièrement les enfants et les adolescents, ont donc un droit inaliénable aux connaissances, aux pratiques et aux conditions favorables à leur processus d’humanisation. Ne pas respecter ce droit est le premier crime contre l’humanité puisque tous les autres en découlent directement ou indirectement. Or, l’éthique est au cœur de toute démarche rationnelle d’humanisation puisqu’elle guide notre agir. C’est elle qui doit fonder les valeurs et les normes qui donnent un sens et une direction à nos vies individuelles et collectives.
Cette éthique pour unir les humains dans un projet commun doit être universelle. Pour être universelle, elle doit être fondée sur les exigences de développement et de bon fonctionnement de l’être humain dans ses rapports avec lui-même, autrui, la société, l’humanité et l’environnement. Pour ce faire, une telle éthique doit être fondée sur une conception de la nature humaine qui soit naturelle, explicite, complexe, ouverte, scientifique et continuellement remise à jour, et non sur une conception surnaturelle ou religieuse comme cela sera le cas dans le nouveau programme. Or, cette anthropologie fondamentale qui devrait déboucher sur une anthropologie éducative est totalement absente du nouveau programme d’éthique. On va donc continuer à véhiculer non seulement le système de valeurs du catholicisme et du protestantisme comme par le passé mais également de judaïsme, de l’islamisme, du bouddhisme, etc. Est-ce ainsi qu’on espère unir les Québécois dans des valeurs communes qui donnent un sens et une direction à leur aventure collective?
Le nouveau programme d’éthique offrait une chance unique au peuple québécois d’enseigner l’humain et de respecter le droit de chaque nouvelle génération à une éducation et à une éthique humanisantes. Il aurait également permis à l’éducation québécoise de s’extirper de sa crise qui perdure depuis des décennies. En cédant au lobby religieux, surtout catholique, le ministère de l’Éducation continue de priver les jeunes Québécoises et Québécois d’une éducation et d’une éthique humanisantes auxquelles ils ont un droit inaliénable que défend notre mouvement.
Si le programme approuvé par votre ministère est implanté, il divisera plus que jamais la nation québécoise qui a opté pourtant pour une éducation laïque, donc pour une éthique naturelle. Ce programme deviendra en fait l’obstacle majeur à la mise en place de tout véritable programme d’humanisation fondé sur une éthique humanisante. Et le problème des accommodements ne fera que s’amplifier.
L’animation sociale demeure maintenant le seul moyen dont dispose le Mouvement Humanisation pour sensibiliser le peuple québécois au cul-de-sac éducatif dans lequel le nouveau programme Éthique et culture religieuse va l’engager. Nous souhaitons vivement que le ministère de l’Éducation soit sensible à cette pression sociale et qu’il réoriente ou reporte ce programme mystificateur car il ne peut que freiner l’évolution de l’école québécoise qui se veut à l’avenir laïque.
Au cours des prochains mois, le Mouvement Humanisation s’efforcera de faire ressortir les lacunes et les incohérences d’un programme qui risque de diviser encore davantage les Québécois et Québécoises. Nous restons cependant ouverts à toute collaboration susceptible de respecter le droit de chaque nouvelle génération à une éthique naturelle.
Veuillez agréer, Madame la ministre, l’expression de mes sentiments les plus distingués.
Gaston Marcotte, Président-fondateur du Mouvement Humanisation
Professeur associé à la Faculté des sciences de l’éducation
Université Laval
www.mouvementhumanisation.org / info@mouvementhumanisation.org