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Fin de la consultation sur les conditions de vie des aînés au Québec : Dénoncer l’âgisme et célébrer la sagesse

Lettre ouverte de la ministre Marguerite Blais et de ses co-pérsidents

Article mis en ligne le 19 novembre 2007 à 17:08
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Fin de la consultation sur les conditions de vie des aînés au Québec : Dénoncer l’âgisme et célébrer la sagesse
Fin de la consultation sur les conditions de vie des aînés au Québec : Dénoncer l’âgisme et célébrer la sagesse
Lettre ouverte de la ministre Marguerite Blais et de ses co-pérsidents
Le vendredi 16 novembre se concluait la consultation publique sur les conditions de vie des aînés, mise sur pied il y a quelques mois à l’initiative du premier ministre du Québec, M. Jean Charest.
Cette consultation publique a largement atteint son objectif : entendre les aînés sur les moyens d’améliorer leurs conditions de vie et d’aménager la société pour leur faire la place qui leur revient. En moins de trois mois, plus de 4 000 aînés ont assisté aux 52 séances publiques dans 26 villes de toutes les régions du Québec. Plus de 267 mémoires ont été déposés, dont 160 présentés lors des 5 journées d’audience réservées aux groupes et aux experts voulant apporter aussi leurs points de vue. Plus de 3 375 lettres, courriels, mémos, appels téléphoniques sont venus compléter cette riche collecte d’information. Les aînés ont parlé haut et fort, parfois avec émotion, toujours avec sagesse et vérité. Ils ont parlé d’eux, de leur vécu, de leurs proches, de celles et ceux qu’ils côtoient, de celles et ceux dont ils s’occupent.

Pourtant, cette consultation n’a pas eu la visibilité, par exemple, de la Commission Bouchard-Taylor. Faut-il s’en étonner ? Est-ce un symptôme de la place accordée aux aînés dans notre société ? Une citoyenne aînée résumait ainsi ce sentiment partagé lors des audiences publiques : « Quand je marche dans la rue, personne ne me regarde, je suis invisible… »

Voilà peut-être la première et grande conclusion à tirer de cette consultation : nos aînés ont de plus en plus l’impression d’être marginalisés. Certains se sentent même dépréciés par des stéréotypes qu’on véhicule à leur sujet, inconsciemment ou non : un fardeau pour les générations plus jeunes, un péril potentiel pour notre système de santé…

Cet âgisme – attitude ou comportement visant à déprécier les individus du fait de leur âge – non dénoncé, qui ne correspond pas à la réalité, mine la qualité de vie de beaucoup d’aînés au Québec. Ceux-ci en viennent même à l’accepter, à l’intégrer, à s’excuser d’être là et de nuire au développement social et économique. On se surprend à constater le sentiment d’inutilité de plusieurs, la détresse psychologique de beaucoup d’autres et le suicide de ceux qui tirent leur révérence car ils n’en peuvent plus d’être embêtants. Est-ce le genre de société dont nous voulons ?

Pourtant, les aînés ont bâti notre société, notre économie et nos institutions. Ils ont contribué pendant plusieurs décennies à la création de la richesse et ils ont contribué aux régimes de retraite qui devraient maintenant leur apporter la sécurité financière espérée. Et ils sont toujours un apport économique, non seulement par leur travail bénévole indispensable, mais aussi par les impôts et taxes qu’ils paient et les biens et services qu’ils consomment.

Un apport de plus de 5,3 milliards de dollars au Canada, selon une étude internationale tirée du Forum mondial HSBC sur le vieillissement et les retraites.

Il est temps de mettre les pendules à l’heure et de montrer les aspects positifs du vieillissement de la population tout en dénonçant l’âgisme sous toutes ses formes. Comme on l’a fait pour les jeunes, les femmes, la famille et les minorités, c’est maintenant au tour des aînés de se laisser parler d’amour… et d’être célébrés.

De tous les témoignages, il ressort aussi la pauvreté d’une grande partie des femmes aînées, qui parfois ne vivent que de la pension de vieillesse et du supplément de revenu garanti, qui économisent sur l’alimentation pour payer un logement de plus en plus coûteux, se privant de sortir et d’avoir des activités sociales qui pourraient pourtant briser leur isolement.

Sont également mis en relief, le désir des aînés de demeurer à domicile le plus longtemps possible et d’y recevoir des services de soutien en quantité et qualité suffisantes pour répondre adéquatement à leurs besoins; de recevoir chez soi des services au lieu de déménager là où sont donnés les services; la volonté de continuer aussi de vivre en couple, malgré la perte d’autonomie qui affecte malheureusement l’un des deux conjoints…

Il en découle aussi le besoin d’en faire davantage pour les proches aidants, de mieux les soutenir et de leur témoigner du respect pour leur dévouement.

Nous avons été abasourdis et choqués devant les témoignages dénonçant les situations de maltraitance vécue par beaucoup d’aînés, malgré la protection d’un État moderne et libre, doté de lois, de chartes et d’institutions fortes comme le Québec. Nous avons constaté que les aînés n’ont souvent pas les moyens financiers d’entreprendre les recours, ni le soutien pour aller au bout des démarches; et que les intervenants ne sont pas assez sensibilisés et formés pour les accompagner.

Nous avons retenu de nombreuses autres réalités, mais il faut maintenant traduire cette consultation en action, se donner un plan avec une vision, des valeurs et des orientations stratégiques, certaines à court terme, d’autres à moyen et à plus long terme. Il nous faut faire du vieillissement de la population et des conditions de vie de nos aînés une priorité : déterminer comment nous nous assurerons de mettre en valeur cette ressource inestimable qu’est la sagesse des aînés, démontrer comment, grâce à la contribution des aînés, notre société deviendra plus juste, plus solidaire et plus sage.

Ce sont là les objectifs qui nous préoccupent en entreprenant maintenant la rédaction de notre rapport – dont la présentation est prévue au début de l’année 2008 – et des recommandations qui l’accompagneront.

Marguerite Blais

Ministre responsable des Aînés

Coprésidente

Sheila Goldbloom, TSP

Professeure retraitée de l’Université McGill

Coprésidente

Professeur Réjean Hébert, M.D.

Doyen, Faculté de médecine et des sciences de la santé, Université de Sherbrooke

Coprésident

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