Des questions sur le « vide spirituel »
Abordé fréquemment au sein des différentes sessions de la commission Bouchard-Taylor, le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse semble soulever la controverse. Entre autre, l’intervention de Mgr Ouellet, qui souhaite le maintien de l’enseignement religieux à l’école prétextant un « vide spirituel » au Québec. Dans la même lignée, M. O’Neill suggère au gouvernement d’offrir aux parents la possibilité de choisir l’orientation confessionnelle de leurs enfants en fonction de la demande, sachant que les catholiques sont les plus nombreux. Ces deux affirmations soulèvent plusieurs questionnements.
Si, comme le dit Mgr Ouellet, il existe un « vide spirituel » au Québec, il s’avère pertinent de se questionner sur ses origines. Pourrions-nous supposer que l’Église, qui transmet l’enseignement religieux, n’a pas réussi, malgré sa place prépondérante dans le système d’éducation québécois, à remplir la mission spirituelle qu’elle s’était donnée? Ou encore, que la vision religieuse du monde proposée par Mgr Ouellet ne rejoint plus les préoccupations du Québec moderne? L’Église souhaite-t-elle recourir une énième fois à l’injuste clause nonobstant qui dérogerait de nouveau aux chartes des droits et libertés de la personne pour pouvoir permettre un enseignement religieux qui semble avoir mené le Québec dans ce « vide spirituel »? Ne serait-ce pas le temps pour le Québec d’asseoir ses valeurs sur une conception naturelle de l’être humain qui fasse consensus plutôt que sur des conceptions d’origine religieuse qui tendent à diviser les humains?
La position de M. O’Neill suscite d’autres interrogations. Ce dernier préconise de laisser aux parents le choix de l’enseignement religieux pour leurs enfants « là où le nombre le permet ». M. O’Neill ne craint-il pas une ghettoïsation religieuse par sa proposition? Cette exigence du nombre n’entraîne-t-elle pas une nouvelle inégalité pour les pratiquants peu nombreux de certaines confessions sachant qu’un droit n’est pas fondé sur le nombre? L’Église serait-elle devenue tout d’un coup généreuse à l’égard des autres religions suite à la perte de son monopole sur l’école québécoise?
Il faut dénoncer toute forme d’intégrisme religieux qui tente de maintenir coûte que coûte l’enseignement confessionnel dans un État qui vient à peine de voter démocratiquement la déconfessionnalisation de son système d’éducation (loi 95).
Christophe Navel
Étudiant au doctorat en éducation, Université Laval