Le suicide assisté



Publié le 24 Janvier 2009
Publié le 15 Septembre 2010
 
Sujets :
Cour suprême , Maison de soins palliatifs Michel-Sarrazin de Québec , Chicoutimi

Peu de temps avant Noël, un vox pop révélait que cinq personnes sur six seraient favorables à l’idée qu’on puisse librement et impunément aider au suicide, voire donner la mort à de grands malades désespérés qui désirent mettre fin à leurs jours, mais qui ne peuvent le faire eux-mêmes, faute de force physique ou d’autres moyens.

En serions-nous donc rendus là dans notre raisonnement sur le sens et le but de la vie? Permettez-moi d’avoir une opinion différente, pour diverses raisons.

Nous savons bien que la vie humaine est une création divine et que, par conséquent, personne n’a autorité d’y mettre fin à sa guise. Le suicide, tout comme le meurtre, ne laisse derrière lui que désarroi, amertume et malheur. On n’a qu’à penser au récent drame familial de Chicoutimi, où trois jeunes enfants et leur père sont morts dans le désespoir. Or, avec une orientation morale et mentale adéquate et une aide fraternelle appropriée, le tout se serait passé autrement. Personne ne veut « mourir pour mourir » : on veut seulement cesser de souffrir.

Alors, avant que l’euthanasie ne devienne qu’une autre de ces idées à la mode, du genre « tout l’monde le fait, fais-le donc! », et que la Cour suprême ne statue sur ce sujet au même titre que l’avortement, ne doit-on pas envisager d’autres façons plus gratifiantes de terminer ses jours?

Ces pauvres malheureux suicidaires n’attendent qu’une bouée de sauvetage, une présence bienveillante et sans jugement pour les amener à dédramatiser et à revaloriser le regard qu’ils portent sur eux-mêmes. Nous sommes tous interdépendants les uns des autres, surtout sur le plan de l’amour et de l’estime de soi. Nous avons aussi entendu certains témoignages de rescapés du suicide qui sont parvenus à reprendre espoir et vie et qui sont par la suite devenus des acquis valables pour la société.

L’homme se construit et se reconstruit continuellement; je dirais même qu’il doit évaluer et corriger son tir tous les jours jusqu'au parachèvement de cette mystérieuse et merveilleuse construction le jour même de son « inauguration » là-haut.

En réfléchissant à la fin de vie paisible et sereine de mon cousin Paul à la Maison de soins palliatifs Michel-Sarrazin de Québec, à la présence ponctuelle de généreux et inestimables accompagnateurs bénévoles, je ne peux qu’applaudir l’ouverture prochaine d’une telle maison dans notre région.

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    Eric Folot
    - 16 Septembre 2010 à 11:52:00

    OUI à l'aide au suicide, mais NON à l'euthanasie ! Au sujet de la différence entre l'euthanasie et l'aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu'il n'existe pas de différence entre les deux : dans un cas c'est le patient lui-même qui s'enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l'autre c'est le médecin qui la retire. Il faut d'abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l'on se situe sur le terrain de l'éthique, on peut raisonnablement soutenir qu'il n'existe pas de différence. Cependant, si l'on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l'euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l'emprisonnement à perpétuité) et l'aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d'emprisonnement). Dans le cas de l'aide au suicide, la cause de la mort est le suicide du patient et l'aide au suicide constitue d'une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en 1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu'une complicité que s'il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n'est plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l'aide au suicide est donc un non-sens. En revanche, l'euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une transgression à l'un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l'interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d'autrui. Nos sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d'ailleurs aboli la peine de mort en 1976 (et en 1981 en France) ! Si l'euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l'esprit, conclure que l'euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d'un acte exige la prise en compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d'abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d'exprimer leur volonté) et les risques d'érosion de l'ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l'euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l'euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l'encontre du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme : « Il existe, tout d'abord, un danger réel que la procédure mise au point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier, et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un fardeau pour les autres ou pour la société. C'est là l'argument dit du doigt dans l'engrenage qui, pour être connu, n'en est pas moins réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le consentement à l'euthanasie ne soit pas vraiment un acte parfaitement libre et volontaire » Eric Folot

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