«Les données démographiques démontrent qu’il y a effectivement une augmentation de gens vivant seuls. C’est un phénomène assez général. Il y a différentes catégories de gens qui vivent ainsi », indique Gilles Pronovost, professeur émérite au département des Études en loisir, culture et tourisme, à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Couples et personnes âgées
À Trois-Rivières on compte beaucoup d’étudiants. Ce qui pourrait expliquer l’augmentation de la statistique selon M. Pronovost. Par contre, il s’agit d’un mode d’habitation passager, d’une solitude temporaire.
On voit aussi de plus en plus de gens en couple qui préfèrent ne pas habiter ensemble. Les gens optent pour la vie en solo pour toute sorte de raisons.
De plus, la solitude touche beaucoup les personnes âgées. «La tranche la plus importante selon moi, ce sont les gens qui vivent seuls par contrainte. Ce sont souvent des personnes âgées à la suite du décès de leur conjoint par exemple», explique le professeur de l’UQTR.
Daniel Landry, professeur de sociologie au Collège Laflèche, est du même avis que M. Pronovost en ce qui concerne les personnes âgées.
«C’est le phénomène de l’âgisme. On s’occupe moins des personnes âgées qu’à une autre époque et c’est pourquoi elles se retrouvent seules. Avant, les gens âgés vivaient avec la famille et étaient valorisés pour leur sagesse. C’est une caractéristique qu’on retrouve beaucoup moins dans notre société», raconte-t-il.
Individualisme
Dans une société ou l’homme et la femme sont de plus en plus centrés sur eux-mêmes, cette tendance vers la vie en solo est presque inévitable.
«Le Je-Me-Moi est très important. Nous sommes beaucoup plus centrés sur nos désirs personnels et nos valeurs. Nous ne voulons pas être brimés par les autres», souligne M. Pronovost.
En vivant seul, on s’assure de respecter nos intérêts, nos goûts et nos valeurs. On ne se retrouve pas contraint à changer nos habitudes pour une autre personne ou à devoir faire des compromis.
«La montée de l’individualisme est un élément important. Les gens ont de plus en plus de difficulté à faire des concessions. La vie en couple ou en colocation peut sembler difficile à gérer», ajoute M. Landry.
Le sociologue tient à préciser que l’individualisme n’a pas que des aspects négatifs. Grâce à cette tendance, les gens apprennent à vivre avec eux-mêmes et à se connaître mieux en tant qu’individu.
Liberté
«Les 20-30 ans sont peut-être plus enclins à vivre seul par choix. Généralement, ils ont quitté la maison familiale, ils n’ont pas encore de grandes responsabilités. Ils optent souvent pour la liberté et plusieurs en profitent pour voyager», affirme M. Landry.
«Je pense que de goûter au plaisir de la liberté c’est important avant de passer à autre chose dans sa vie. Ceux qui n’ont pas la chance de se retrouver avec eux-mêmes risquent de souffrir d’un manque de liberté dans le futur», croit Stéphane Roy, professeur de sociologie au Collège Laflèche.
Ces gens supportent mieux les moments de solitude car ils disposent d’un réseau social développé. La solitude se gère mieux avec la présence d’Internet dans nos vies.
«Les gens qui choisissent de vivre seuls ont souvent accès à un réseau d’amis plus riche. On ne se cachera pas qu’Internet permet de développer ce réseau. Facebook et compagnie aident à créer ces liens», avoue M. Pronovost.
Le mode de vie solo pourrait aussi expliquer la popularité des sites de rencontre, surtout chez les gens qui vivent seuls par contrainte.
«Ces personnes ont souvent un réseau moins grand. Je pense que ça peut expliquer l’émergence des sites de rencontre. Les gens ont besoin de rencontrer d’autres individus que ce soit pour l’amitié ou l’amour», pense M. Roy.

