Les préjugés envers ce choix de vie familiale étant toujours nombreux et tenaces, autant aux yeux des femmes qu’aux yeux des hommes, l’Hebdo Journal a rencontré plusieurs femmes qui nous expliquent pourquoi elles ont choisi de travailler à temps plein à la maison. Trois témoignages ont été retenus.
Ne rien manquer
Annick est tombée enceinte à l’âge de 18 ans. N’étant pas particulièrement douée à l’école, elle a toujours su qu’elle ne serait pas une femme de carrière.
Son premier enfant a fréquenté la garderie car elle voulait terminer ses études. Deux ans plus tard, alors qu’elle attendait son deuxième enfant, Annick et son conjoint ont décidé qu’elle serait maman au foyer, du moins le temps d’élever leurs enfants.
«Je ne voulais pas que des étrangers élèvent mes enfants. Je voulais leur inculquer mes valeurs et surtout je voulais être là pour voir leurs premiers pas ou entendre leurs premiers mots», raconte-elle.
Choisir ses priorités
Lorsqu’une mère lui dit qu’elle l’envie Annick ne comprend pas. « Ça m’enrage d’entendre les gens dire: «Si c’était possible je le ferais ». C’est toujours possible. Il suffit de faire des choix», dit-elle en se remémorant des temps plus durs.
Lorsque ses enfants étaient tout jeunes, Annick a eu recours aux services des banques alimentaires. Elle a aussi habillé ses enfants dans les endroits à rabais comme les sous-sols d’églises.
«Il y a eu des périodes plus difficiles mais les enfants n’ont manqué de rien. On a fait des choix. Nous n’avions pas de grosse maison, de télévision géante ou même de cellulaire mais nous avions nos enfants», affirme cette mère qui travaille maintenant dans le milieu de la restauration.
Au final, Annick a décidé d’entrer sur le marché du travail, mais ce n’est pas le souhait de toutes les mères au foyer.
Incomprise
Aussi maman à temps plein, Julie se questionne encore à savoir si elle recommencera un jour une carrière.
C’est que la pression sociale est forte pour une femme au foyer. Une femme sans travail est, pour certains, une femme sans ambition.
«Un an après mon accouchement, la famille a commencé à poser des questions et à demander dans combien de temps je pensais retourner au travail. Ils cherchaient même dans le journal pour moi. Ils ne comprennent pas que je veux rester à la maison avec mon enfant», explique-elle.
Julie a même senti cette pression de la part de son mari. «Parfois, j’aimerais qu’il me soutienne plus et qu’il réalise tout ce que je fais dans la maison», confesse-t-elle.
Lien plus fort
Pour Annie, jeune mère de deux enfants, le plus difficile est d’être constamment dans un milieu enfantin.
«Parfois, on ressent un besoin de sortir et de parler d’autre chose que de poupée et de pâte à modeler», soutient-elle en soulignant l’existence d’organisations comme le Club mère enfant ou le Centre ressources naissance.
Dans tous les cas, la décision de quitter le marché du travail s’est faite à deux. «Au début, la décision est émotive puis ça devient rationnelle. Si j’ai mis un enfant au monde c’est pour m’en occuper», insiste Annie.
Selon ces mères, être tous les jours avec son enfant renforce le lien familial et crée une belle relation. «Ce n’est pas garanti que, parce que je suis à la maison, mon enfant va toujours être dans le droit chemin. Mais je le connais bien et je serai là pour l’écouter et le guider», explique Annie.
Vivant sans rémunération, ces mères soutiennent que l’épanouissement de l’enfant est leur motivation.
«Non, nous ne sommes pas payées mais cela ne nous rend pas inférieures dans le couple. C’est un travail d’équipe et la satisfaction de bien élever son enfant vaut la peine», fait savoir la jeune maman fière de sa profession.

