«On a beau être en 2012, les préjugés n’ont pas changé. J’entends des commentaires presque à tous les jours, ajoute-t-elle. Les personnes âgées sont de loin les plus mesquins et méchants envers nous. Ceux qui nous dévisagent ou portent des commentaires désagréables et je ne comprends pas pourquoi.»
La plupart des commentaires formulés à haute voix viennent des enfants, surtout par méconnaissance ou curiosité, souligne Mme Bibeau.
«Ils ne connaissent pas ça. Ce qui est le plus triste, c’est lorsque le parent les réprimande ou leur serre le bras parce qu’il a honte de son enfant. Mais un enfant a le droit d’être curieux de poser des questions. C’est la réaction du parent qui me fait le plus de peine. J’aimerais que les parents prennent le temps de leur expliquer qui nous sommes ou donnent la permission à l’enfant de venir nous parler au lieu de les réprimander.»
Il y a plus de malaises face aux personnes de petite taille comparativement aux personnes en fauteuil roulant.
À la suite d’une compression de la moelle épinière cervicale, une personne de petite taille est devenue quadraplégique après une opération qui a mal tourné. Celui-ci a confié à Mme Bibeau qu’il ne se faisait plus regarder depuis qu’il était en fauteuil roulant.
«Même moi j’ai un triporteur et j’avoue que je me fais moins dévisager lorsque je l’utilise.»
Trois fois plus de pas
Une personne est dite «de petite taille» lorsqu’elle mesure moins de 145 centimètres, soit moins de 4 pieds 7 pouces.
Exception faite de la grandeur, il n’y a pas une énorme différence avec les gens de taille normale, mis à part les efforts physique que ceux-ci doivent effectuer dans la vie de tous les jours.
«On fait le double ou le triple de pas d’une personne de taille normale. On doit faire un peu plus d’efforts physiquement en raison de notre grandeur. On s’organise. On est né dans cette situation-là alors on a appris à se débrouiller», explique Mme Bibeau.
«Encore aujourd’hui, les gens nous traitent comme des objets, mais on peut faire n’importe quel métier et aussi bien qu’une personne normale.»
L’ennui, c’est que les lieux publics ne sont pas tous adaptés pour les personnes de petite taille, si bien qu’une simple action de tous les jours devient plus compliquée.
«Les guichets automatiques sont souvent problématiques. Lorsqu’on paie avec la carte de débit dans les commerces, les terminaux sont rendus fixes. Ça nous nuit puisque lorsqu’on inscrit notre NIP, les gens voient tout. De plus, on ne voit à peu près pas ce qui est inscrit sur le terminal. Aussi, dans les stations-service, on ne peut pas toujours payer à la pompe, car les touches sont trop hautes. Certaines stations se sont améliorées mais il y en a plusieurs où ça nous est impossible de payer à la pompe», souligne Mme Bibeau.
Sur le marché du travail
« Beaucoup de personnes de mon entourage ne croyaient pas que j’allais travailler un jour. Ils croyaient que j’allais à l’école pour passer le temps.»
Mais sa détermination et son acharnement ont fait taire ses détracteurs. Elle a terminé avec succès son cours en architecture et s’est trouvé un emploi à la sortie du cégep à Bail Mauricie où elle a travaillé pendant près de 12 ans.
«Les personnes de petite taille sont toutes aussi normales sur le plan intellectuel que la majorité des gens. Je connais des nains comptables, architectes, biologistes et d’autres qui ont fait partie d’un orchestre. C’est certain que nous avons des limites mais il y a toujours un métier qui peut nous passionner et que nous sommes capable de faire aussi bien qu’une personne normale», renchérit Mme Bibeau.
À suivre dans la prochaine édition le 20 juin

