Qu'est-ce qu'une «vraie» famille?

Marie-Ève
Marie-Ève Bourgoing-Alarie
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Une famille, c'est bien compliqué parfois.

«La fille de ma blonde accouchait d’Emy. Te voilà grand-père, me lance ma blonde. Ben non, ai-je répondu, son vrai grand-père, c’est le père de ta fille. Et voilà le débat enclenché!» soulève Jocelyn Bourassa dans son commentaire en page 4.

L'Hebdo Journal a donc posé la question à Carl Lacharité, professeur de psychologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) intéressé par la notion de famille: c'est quoi la famille en 2013?

«La famille a toujours la même fonction à travers son évolution: elle se veut un contexte pour favoriser le développement des personnes. C'est dans la famille que les gens trouvent ce qu'il faut pour se développer dans la vie. Ce qui a changé et qui caractérise la famille en 2013, ce sont les relations. On parle davantage de la qualité des relations que les gens d'une même famille peuvent construire entre eux», explique M. Lacharité.

«Aujourd'hui, on dispose de beaucoup de marges de manœuvre. On peut adopter des enfants du bout du monde et ne pas se marier, et la famille est tout aussi légitime», souligne-t-il.

Réinventer la famille

Si le modèle familial a autant évolué au cours du dernier siècle, ce serait notamment en raison des revendications des femmes entre les années 50 et 70, croit Carl Lacharité.

«Ça a permis aux femmes de changer les règles du jeu. Elles en ont retiré plus d'autonomie dans leur famille et par rapport à leur mari. C'est à partir de là que les gens ont commencé à «inventer» plein de formes de vie familiale», estime-t-il.

«Avant, on avait certains repères familiaux. Là, il faut les modifier parce qu'on se retrouve devant une grande diversité de modèles familiaux. Il faut accepter les différentes façons de vivre en famille comme, par exemple, le fait que trois générations d'une même famille puissent habiter dans la même maison.»

M. Lacharité rappelle que, contrairement à ce que l'on pourrait penser, la notion de famille n'était pas nécessairement plus simple au cours des derniers siècles.

Chaos

Mais la vie familiale peut devenir un véritable cauchemar lorsqu'elle devient chaotique et désorganisée.

Comme l'enfant a besoin d'une certaine stabilité familiale pour favoriser son développement, un environnement instable peut l'affaiblir.

«Les enfants ne sont jamais embêtés par le nombre de personne autour d'eux, mais plutôt par le nombre de personnes qui se souvient d'eux. Mais les familles reconstituées n'ont pas le monopole du chaos… Le défi auquel les familles reconstituées font face, c'est l'empilement des rôles. Quand c'est bien géré, les enfants en retirent des expériences relationnelles riches», affirme Carl Lacharité.

La famille de l'avenir

À quoi ressemblera le modèle familial d'ici 20 ou 50 ans? Difficile à dire, admet le professeur, en émettant toutefois certaines craintes.

«Ma crainte principale est que dans l'avenir, la famille devienne un lieu de consommation et qu'on ne la traduise qu'en termes économiques. Il y a cette tendance qui se dessine et qui m'embête. La situation économique des états met une pression importante sur la vie familiale, notamment en ce qui concerne la conciliation travail-famille. Je pense que certaines familles sentent une pression pour favoriser le travail plutôt que la famille et le recul syndical n'est pas une bonne chose pour cet aspect.»

«Il y a également des enjeux importants qui se dessinent sur le plan intergénérationnel. On l'a vu le printemps dernier. Ça a l'avantage de rendre visible les revendications de la génération montante, mais ça attise aussi les conflits intergénérationnels. Je remarque aussi qu'on instrumentalise la famille, en ce sens où les parents sont souvent considérés sur un même pied d'égalité que les gens dans l'entourage de l'enfant, comme si un professeur d'école pouvait être aussi important qu'un parent dans la vie d'un enfant.»

«Je ne sais pas trop quelles seront les conséquences, mais je ne pense pas que cela se traduira par de grosses transformations», conclut-il. «Ça pourrait aussi être intéressant d'avoir un genre de Sommet de la famille pour repenser le concept de la famille, afin que cela ne se limite pas, pour le gouvernement, à ouvrir des places en garderie et au congé parental.»

Organisations: Université du Québec à Trois-Rivières, Hebdo Journal

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