Dernièrement, la Jeune Chambre de commerce de la Mauricie (JCCM) a reçu de nombreux curriculum vitae afin de combler des postes au sein de l'organisme. Selon la présidente, Marili Desrochers, l'état du français faisait peine à voir.
«C'est une lacune autant en français orthographique qu'à la mise en page. On ne comprend pas comment on peut remettre un document avec autant de fautes, car 'il y a tellement d'outils disponibles pour se corriger», avise-t-elle.
«Même les courriels, c'est épouvantable! Quand on envoie une communication, ça nous représente alors vaut mieux vérifier et si possible se faire relire», ajoute-t-elle.
Toutefois, le son de cloche est passablement différent du côté de Benoit Leblanc, directeur du Département de lettres et communication sociale à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
«C'est quand même assez marginal de voir beaucoup de fautes dans les curriculum vitae, car ça n'arrive que quelquefois dans une vie et c'est relativement bien fait», indique-t-il.
Des entreprises sensibles
Au niveau professionnel, certaines entreprises sont sensibles au fait francophone et prennent les moyens pour que la langue soit impeccable dans les communications.
«Il y a deux niveaux pour les communications professionnelles. À l'externe, dans les grosses compagnies, ce sont toujours les mêmes structures qui sont employées alors le risque de faire des fautes est minime. Le problème se situe plutôt du côté des communications internes alors que les courriels sont plus amicaux et personnels. La société d'État, Hydro-Québec, veille tout de même à la bonne qualité. À mon avis, ce n'est pas trop grave. Il demeure que le plus important est à l'externe pour l'image de la boîte», mentionne M. Leblanc.
Cet automne, afin d'optimiser la qualité des communications de ses membres, la JCCM mettra en place un programme de perfectionnement en collaboration avec l'Office québécois de la langue française.
«Le programme vise à promouvoir les outils disponibles pour les jeunes professionnels», souligne Mme Desrochers.
La faute aux textos?
Plusieurs pointent du doigt les textos afin d'expliquer la dégradation du français écrit. Pour sa part, M. Leblanc apporte un autre point de vue.
«Les courriels et les textos, qui sont des moyens extrêmement rapides, sont en contradiction avec une langue extrêmement complexe qui porte à réflexion. Une langue parfaite au point de vue linguistique en est une qui ressemble davantage aux sons. Si on avait à réinventer une langue aujourd'hui, elle ressemblerait à tout sauf au français et probablement davantage à l'espagnol», fait-il savoir.
«Le problème des messages textes est que la plupart du temps nous avons affaire avec des petits écrans et nous faisons ça court. La question qu'on doit se poser est, doit-on s'inquiéter de la langue? Dépendamment du côté où on se place, on peut considérer ça vers une évolution dans une voie de simplification ou comme puriste, considérer ces changements comme une dégradation. Les linguistes s'interrogent beaucoup là-dessus. Par ailleurs, d'après deux études universitaires, les chercheurs n'ont pas vu d'influence négative des textos sur la langue écrite des étudiants, plus particulièrement les jeunes. Bref, on assiste dans les textos à une langue parlée qui devient écrite», témoigne-t-il.
Les jeunes, seuls coupables?
Les jeunes sont les premiers au banc des accusés lorsque vient le temps d'expliquer une certaine dégradation de notre écriture. Sans nécessairement être les seuls visés, il ne fait pas de doute que quelques-uns contribuent au mythe.
«C'est de l'écriture au son. On fait souvent le parallèle, pour les jeunes, rédiger un courriel est peut-être semblable à envoyer un message sur Facebook», s'interroge Mme Desrochers.
Par contre, l'expert de l'UQTR voit les choses d'un autre œil.
«Cette façon d'écrire n'est pas seulement utilisée par les jeunes et est loin d'être généralisée. Nous sommes seulement dans une phase de transition. Pour le moment, il n'y a pas de contamination, mais il pourrait en avoir à l'avenir. Même les anglophones s'interrogent sur le sujet puisque ce n'est pas un problème propre au français», conclut M. Leblanc.

