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Alain Soulard nous jase de politique

Portrait politique

Portrait politique

Martin Sylvestre
Publié le 11 Septembre 2012
Publié le 11 Septembre 2012
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La dernière campagne électorale a soulevé son lot de questionnements notamment avec la polémique entourant la candidature de Djemila Benhabib, l'attentat à l'endroit de Pauline Marois et la démission de Jean Charest au lendemain de l'élection.

Sujets :
Hebdo Journal , Collège Laflèche , Université du Québec à Trois-Rivières , Trois-Rivières , Québec , Mauricie

L'Hebdo Journal a tenu à en savoir davantage sur ces mouvements de société en questionnant Alain Soulard, analyste politique et professeur au Collège Laflèche.

Un historien d'ici a décrit la ville de Trois-Rivières et ses environs comme un endroit encore très catholique, blanc et militaire. Autrement dit, plutôt à droite. Êtes-vous d'accord avec cette affirmation?

«J'imagine que l'historien en question décrivait une ville de la fin du 19e ou début du 20e siècle, car Trois-Rivières est différente au 21e siècle, essentiellement dans sa composition. Toutefois, à l'évidence, on retrouve ici un vieux fond conservateur qui se manifeste à certaines occasions comme à la dernière élection.»

Avez-vous été surpris de la réaction plutôt violente d'une partie de la population envers la candidate péquiste Djemila Benhabib aux dernières élections?

«Même si je suis bien ancré dans mon milieu, je sais que des gens comme ceux qui se sont exprimés négativement existent, malheureusement, à Trois-Rivières. C'est une question d'ouverture et de culture. Il faut avoir voyagé et vu autre chose que son patelin pour pouvoir juger de la variété et de la diversité du monde. Il y a peut-être encore à Trois-Rivières des gens qui ne sont pas sortis de la ville depuis 30 ans? Pour plusieurs, leur premier contact avec les noirs, Asiatiques et Arabes s'est fait en raison de la présence de ces derniers à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), mais c'est en train de changer. Je dirais avec optimiste qu'on devrait voir un peu moins de comportements comme ceux-là dans les prochaines années en raison de la diversité grandissante dans la ville.»

Trois-Rivières et la Mauricie sont-elles prêtes, mentalement, à recevoir un afflux régulier d'immigrants? D'autant plus que, selon plusieurs analystes, le redémarrage économique de Trois-Rivières passe par l'immigration.

«C'est toute l'extraordinaire question posée par l'immigration non seulement ici, mais aussi partout ailleurs. Même si ça reste à démontrer dans beaucoup de cas, il s'agit principalement de la nécessité économique. Parlez-en aux agriculteurs qui ont de la misère à recruter ou à Marmen qui serait peut-être bien heureux de mettre la main sur 30 plombiers marocains. Certes, il y a un besoin de main-d'œuvre, mais il faut aussi l'intégrer. Le défi de l'immigration en région est de bien accueillir les immigrants, de bien les former, de les franciser et bien important, de leur apprendre ce que nous sommes tout en leur permettant de garder certains de leurs éléments culturels. Oui, je crois que la région est prête, mais il faudra qu'elle s'en donne les moyens.»

En 1968, des manifestants avaient lancé des projectiles contre la tribune d'honneur durant le défilé de la St-Jean à Montréal. Tous les dignitaires avaient quitté, y compris le maire Drapeau. Seul Trudeau était resté, affrontant la tempête avec calme. On dit que cette image, frappant l'imaginaire des Québécois, a contribué à sa longévité politique. Croyez-vous que l'image de Pauline Marois, revenant sur la tribune pour rassurer les gens lors de l'attentat du 4 septembre, peut prolonger sa carrière politique? En ayant frappé l'imaginaire des Québécois?

«C'est certain qu'il y a une apparentée dans le geste de Trudeau qui défie la foule. Je ne dirais pas que Marois a défié le présumé qui a attenté à sa vie. Trudeau l'a fait de façon très volontaire alors que Marois a plutôt réagi émotivement. Trudeau a bénéficié de cet effet de bonification auprès des fédéralistes. Il a antagonisé les éléments fédéralistes et souverainistes avec ce geste-là. Marois a déjà cette image de femme qui résiste au sein du Parti Québécois. Je crois que l'attentat dont elle a été la cible va consolider sa position, mais que ça ne lui apportera pas de nouveaux appuis.»

Jean Charest a parcouru le pays d'un bout à l'autre comme chef du Parti conservateur. Comme premier ministre du Québec, il a piloté des dossiers internationaux avec des dirigeants européens. Jean Chrétien a déjà déclaré que Charest peut très bien revenir sur la scène fédérale un jour. Il a perdu des plumes lors des manifestations étudiantes, mais il a surpris tout l'monde en faisant des libéraux l'opposition officielle, un pouce derrière les péquistes. Il a fait une sortie honorable. Croyez-vous qu'il peut revenir comme chef au fédéral un jour, soit à la tête des conservateurs ou des libéraux?

«J'ai déjà vanté les mérites de M. Charest quand il n'était pas au Québec. C'est un bonhomme qui a plus d'affinités et je dirais, à la limite, dans les dossiers de nature plus fédérale comme l'économie et les échanges. Toutefois, il patauge dans les dossiers provinciaux tels la santé, l'éducation, les routes, les contrats, etc. Une porte s'ouvre avec les libéraux fédéraux où il pourrait être bien accueilli. Toutefois, il hériterait d'un véhicule qui a une crevaison et un réservoir d'essence à moitié vide. En ce moment, le Parti libéral du Canada est comme un animal blessé et je ne crois pas qu'il veut relever ce défi. Pour les Conservateurs, c'est fort improbable qu'il remplace Stephen Harper, car il n'y a pas de course à la chefferie.»

En apparence, il n'y aurait jamais eu autant de jeunes de 20 ans comme candidates et candidats aux dernières élections. Leur sang-froid et leur aplomb en ont étonné plusieurs. Pure coïncidence ou faut-il voir une nouvelle vague?

«Je ne crois pas aux coïncidences. Je pense qu'un renouvellement de la garde se prépare. C'est une sorte d'effet écho. Les 18-30 ans d'aujourd'hui sont les enfants des baby-boomers des années 60 qui avaient le goût de faire de la politique. Ce n'est pas une coïncidence et c'était drôlement attendu.»

On entend dire que les deux vieux partis, libéraux et les péquistes, ont amorcé leur déclin. Sans s'effacer de la carte du jour ou au lendemain, leurs beaux jours sont derrière. Qu'en pensez-vous?

«Je ne pense pas que les beaux jours de ces partis soient derrière eux. Je crois plutôt que si nous ne modifions pas notre mode de scrutin, le Parti Québécois (PQ) devrait penser à se réinventer avec l'aide des petits partis comme Option nationale, le Parti vert et Québec solidaire, car ils partagent ensemble les trois quarts de la plateforme du PQ. Au Parti libéral, il n'arrivera probablement rien, car c'est le seul qui est là depuis la confédération.»

Y a-t-il un avenir pour Québec solidaire dans la région?

«Je ne pense pas qu'il y a un avenir national pour Québec solidaire en raison du système électoral actuel. À la lumière des résultats, il y a environ 8% de la population qui a un profil de gauche assez ferme, mais c'est surtout concentré dans les grandes villes. La solution serait d'intégrer un parti pour faire valoir ses positions.»

Vous aviez prévu une vague péquiste dans la région, sauf Laviolette? Que s'est-il passé?

«Je corrigerais le mot vague, car celui-ci indique un balayage complet et total. Dans Maskinongé, les sites de prédictions donnaient le péquiste gagnant, mais par la peau des fesses. À Trois-Rivières, c'est un peu plus surprenant, car un sondage donnait Mme Benhabib gagnante par neuf points. Ce que je n'ai jamais cru. Le mot à retenir est résistance alors que Mme St-Amand et M. Diamond ont réussi à se coller sur leur électorat.»

Il y a eu beaucoup de violence lors des manifestations étudiantes du printemps dernier. Puis, l'attentat contre Mme Marois. Assistons-nous à une radicalisation des moyens d'expression au Québec?

«Sur les réseaux sociaux, c'est assez pathétique avec des mots violents et des positions extrêmes. C'est certain qu'il y a une radicalisation là-dedans, mais il faut revenir au calme. Il faut savoir, discuter, trouver un équilibre et ça presse!»

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