Par Guillaume «Yahou» Vermette
À dire bien franchement... c'était moyen. Considérant l'âge des artistes (des enfants et des adolescents) c'était pas mal, mais sans plus. Pourtant, je finirais par être totalement d'accord avec Patch. Laissez-moi vous parler de ma visite, deux jours plus tard, à l'orphelinat #28 et vous comprendrez pourquoi.
L'enfer #28
Je suis en route pour aller faire du clown à l'orphelinat #28 de Moscou. On me fait un bref topo sur l'institution afin que je sache dans quoi je m'embarque.
On y retrouve environ 500 cas de jeunes avec différentes malformations physiques et\ou maladies mentales. De toute façon, si jamais tu n'as pas de maladie mentale en y arrivant, tu risques fort d'en développer une... c'est inclus dans le forfait!
Les jeunes y mangent pratiquement la même chose à chaque jour: du borsch (une espèce de soupe de betteraves typique russe). Les professeurs n'y donnent pas vraiment de cours, ils préfèrent se contenter de mettre des films.
Tsé, c'est juste des orphelins... ils ne vont pas perdre leur temps à enseigner de la matière! Ce n’est pas comme s'ils avaient des chances de réussir dans la vie.
Les jeunes y sont sur-médicamentés (une belle façon de dire drogués) pour être plus facile à gérer. Ils passent leur journée à faire des siestes et à vedger. Excepté les plus normaux : le personnel les garde en forme pour les faire travailler à leur place.
Ouf... C'est lourd tout ça. Je m'attends vraiment au pire.
Aussi louche qu'ACN
Une fois à l'intérieur, ma première surprise est de constater la beauté et la propreté des lieux. Comparativement aux autres orphelinats que je verrais plus tard en Russie, c'est le Château Frontenac.
Deuxième constatation : malgré le fait qu'on vient offrir gratuitement de l'animation aux jeunes, le personnel est froid, distant et pas content de nous voir.
Troisième constatation : c'est louche. Notre visite est encadrée par un accueil qui me semble calculé et contrôlé. Après nous avoir isolés pendant un bon moment dans un grand lobby, on nous fait traverser des longs corridors parsemés de dizaines de photos d'enfants heureux, d'un tas de jouets neufs et de matériel high tech. Ça sent le fake à plein nez.
Pour un endroit où vivent des centaines d'enfants, ça manque de vie. D'autant plus qu'on n’en a pas croisé un seul. Les jouets n'ont visiblement jamais été utilisés.
Je vis exactement le même sentiment que lorsque quelqu'un essaie de me vendre ACN ou lorsque j'entends Jean Charest parler : on me prend pour un cave.
En fait, ils nous tiennent à l'écart des enfants. Ils ne veulent pas que l'on soit témoin de la manière dont ils les traitent.
Malgré tout, ils finiront par emmener à nous une dizaine de jeunes; les plus cutes et les plus «normaux». J’ai passé un moment avec quelques-uns d'entre eux.
Il y a quelque chose d'étrange dans leurs yeux, comme s'ils étaient distants et pas trop conscients de ce qui se passe. Mon hypothèse est qu'ils sont sur-médicamentés et pas habitués à la chaleur humaine.
Malgré tout... ils adorent jouer! Lorsque qu'on utilise les jouets neufs super cool pour tripper avec eux, ils deviennent fous! On croirait qu'ils n'ont jamais touché à des jouets de leur vie.
Comme on est beaucoup trop de clowns pour le nombre d'enfants... je décide de mettre mon énergie ailleurs. Je remarque trois infirmières stoïques et nonchalantes dans un coin de la pièce. Elles me font vraiment penser à Miss Trunchbull, la grosse madame pas fine dans le film Mathilda. J’ai passé tout le reste de l'animation à tenter de les faire rire et leur faire passer un bon moment.
- À lire aussi dans le dossier spécial :
- - À genoux devant le Pape
- - «The power of the chicken»
- - Un bon gros spaghat!
- - L’église du rock
J'agis de la sorte parce que je crois que la solution réside en partie en ces personnes qui maltraitent les enfants. J'ose croire que mon intervention aura suffisamment eu de succès sur les infirmières pour adoucir, ne serait-ce qu'un petit moment, leur comportement avec les jeunes.
Sasha
Vers la fin de la visite, je vais rencontrer l'un des deux jeunes qui m'a marqué le plus dans mon voyage, ex-equo avec le p'tit blond tout mignon. Il s'agit d'un gars d'environ 16 ans que j'ai surnommé Sasha... parce que j'ai n'ai jamais su son nom et que tout le monde s’appelle de même en Russie!
Sasha est vraiment smart, allumé et en forme. J'ai vraiment du plaisir à jammer avec lui, parce tout comme moi, il sait faire un peu d'acrobaties.
C'est un des rares jeunes ici qui n'est pas sur-médicamentés; l'un de ceux que l'on fait travailler. Un gars avec un grand cœur et visiblement un leader pour les autres ados. Par contre, je ne comprends vraiment pas ce qu'il fait dans cet orphelinat pour les personnes avec des malformations et autres problèmes physiques. Il me semble en pleine santé!
Quelqu'un m'expliquera plus tard qu'on l'a mis ici simplement parce qu'il est noir.
C'est dégueulasse.
D'autant plus dégueulasse quand tu apprends ce qui arrive parfois aux jeunes qui ont des beaux traits physiques comme Sasha. En effet, il arrive que des messieurs riches viennent payer une certaine somme d'argent en échange de pouvoir soulager leurs pulsions sur un orphelin.
Je vous jure: la vie de Sasha est un enfer.
Le meilleur spectacle de ma vie
Comme je disais, je suis parmi une foule d'environ 300 personnes, dont la majorité est débout à applaudir et crier très fort. L'énergie est à la fête; ça déborde de joie. On vient d'assister à ce que Patch me qualifiera plus tard du meilleur spectacle auquel il a assisté de sa vie.
Sur scène se trouvent de jeunes qui ont travaillé très fort et qui semblent profondément heureux d'être là. On croirait que c'est le plus beau moment de leur vie.
Sasha est parmi eux.
À cet instant, je ne suis pas encore conscient de sa réalité à l'orphelinat #28. Malgré tout, je suis touché de voir la foule applaudir avec autant d'enthousiasme le travail des jeunes. Il y a quelque chose de magique dans l'air.
Ces jeunes ont passé leur vie dans un orphelinat... une prison pour enfants. Ils n'ont personne pour eux. Mais grâce à des initiatives de l'organisme Maria's Children (collaborateurs russes de Patch Adams), des activités comme ce soir sont organisées. Ça apporte un réel changement dans la vie de ces jeunes.
Ce soir, on ne le voit pas l'enfer.
Ce soir, Sasha trippe vraiment.
Yahou retourne en Russie
Une autre de ces activités, c'est d'organiser un camp de vacances pour les orphelins en juillet prochain. J'aurai la chance d'aller y offrir des ateliers de cirque.
Ce sont les orphelins qui ont demandé à ce que je revienne. Ils auraient pu demander n'importe lequel des 40 clowns. C'est une invitation qui me fait chaud au cœur et que je ne peux refuser. Quitte à m'endetter, je retournerai auprès d'eux et je ferais tout en mon pouvoir pour leur faire passer 12 jours de bonheur inoubliable.
Ils en ont terriblement besoin et ils m'ont tellement apporté sur le plan personnel que je m'en sens redevable.
J'ai tellement hâte.
