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Voir le Cirque du soleil à la manière russe

Photo, Guillaume Vermette.

Publié le 30 Avril 2012
Publié le 30 Avril 2012

Extrait du Journal d’un clown

Moscou, 7 novembre (je pense) 2011. Devant la billetterie pour le show Saltimbanco du Cirque du Soleil, je suis avec mes deux amis Hollandais, Marleen et Cees, qui sont tous aussi déçus que moi. En effet, notre amie et guide russe Sveta vient de nous apprendre qu'il ne restait plus un seul billet.

Sujets :
Montréal , France , Italie

Par Guillaume «Yahou» Vermette

 

- Étrangement, ça ne semble pas lui faire grand chose. Pourtant, de nous quatre, c'est elle qui semblait la plus emballée et impatiente de voir le show.

 - Heuuu Sveta, qu'est-ce qu'on fait maintenant?

 

 - No prrrroblem! On va rentrer à la manière russe.

Elle commence à scruter les alentours, comme si elle cherchait quelque chose ou quelqu'un. Je suis intrigué, je ne comprends rien, mais je lui fais confiance.

C'est une excellente guide qui a fait preuve d'efficacité depuis le début du voyage. Et puis, tout comme mes amis hollandais, j'ai vraiment envie de voir le show!

À la russe!

Alors, vous voulez savoir comment rentrer au cirque du soleil à la manière russe en 10 étapes?

Rien de plus facile!

 

1. Identifiez le monsieur louche qui se cache dans un coin sombre.

2. Abordez-le et indiquez lui le nombre de sièges désirés.

3. Suivez le jusqu'à l'entrée où un garde de sécurité vous dira «wow toé là, tu n’as pas de billet!».

4. Observez le monsieur louche sortir un cellulaire et composer un numéro.

5. Écoutez-le discuter au cellulaire pour ensuite tendre l'appareil au garde de sécurité.

6. Observer la peur dans les yeux du garde de sécurité.

7. Accepter l'invitation soudainement très très polie du garde de sécurité à rentrer voir le spectacle.

8. Une fois à l'intérieur, simplement vous inventer un siège sur un truc de béton devant le stage.

9. Donner 100$ par personne au monsieur louche.

10. Tout ça devant le reste du public, indifférent et habitué à la chose.

 

Comme tout s'est passé si vite (et en russe), je n’ai rien compris, mais ça n’avait pas l'air très réglo. C'est plutôt amusant de constater que plein de gens semblent avoir utilisé cette technique, dont une p'tite famille cute et leur fille de 4-5 ans qui trippe à être assise à côté d'une gang de clowns.

Le show était génial. J'ai toujours adoré le numéro du clown/mime Jesko dans Saltimbanco.

Je capote de voir tout ça live! J'apprendrai plus tard que ce numéro a été développé à la base par René Bazinet, un clown allemand qui a étudié en France, avec qui j'aurais travaillé à Montréal à l'été 2010 et succédé à son rôle sur un show, toujours à Montréal, à l'été 2011. Wow. Le monde est petit.

En coulisse

À la fin du spectacle, Sveta (qui est une grande fan de cirque) insiste pour qu'on essaie d'aller parler aux artistes. Pourquoi pas! On suit notre guide, avec nos airs de touristes perdus, nos vêtements dépareillés et nos nez rouges.

À l'entrée des loges, elle commence une discussion en russe avec les gardes de sécurité pour essayer de les convaincre de nous faire rentrer. Bien qu'amusé par sa détermination, je suis convaincu que ça ne fonctionnera jamais.

Quelque instant plus tard, l'un des gardes de sécurité dit quelque chose dans son CB... puis les trois gardes nous escortent littéralement jusqu'aux loges!

 

 - Sveta, qu'est-ce que tu leur as dit?

 - Que tu étais un clown célèbre du Québec et que tu voulais voir tes amis qui sont dans le spectacle

- …

Je ne connais personne dans ce spectacle et je suis loin d'être célèbre. Les prochaines minutes furent plutôt embarrassantes. Les artistes se sacraient carrément de nous. Il n'y avait aucun québécois dans le lot. Au moins, Sveta est super contente... une vraie groupie.

Ciao Italiani!

Après tout ça, il est l'heure d'aller rejoindre nos amis. En effet, il y a une fête avec les 40 clowns et une vingtaine d'amis russes. Un autre souper incroyable et bien arrosé, avec de nombreux rires et performances en direct.

Pourtant, en fin de soirée, l'ambiance n'est plus la même du tout.

C'est le silence total.

Tous les yeux sont rivés sur Genevra qui parle au micro pour traduire ce que nos amis italiens disent. Il s'agit de trois clowns plutôt discrets et sérieux (oui oui, des clowns sérieux, ça se peut) qui sont à leur deuxième année dans le projet. Ceux-ci doivent mettre fin au voyage d'avance et retourner en Italie dès le lendemain.

C'est la réalité qui nous frappe... bientôt, nous repartirons tous dans nos pays respectifs pour peut-être ne plus jamais se revoir. Une expérience intense comme ce voyage, ça tisse des liens forts rapidement.

À travers leur discours d’au revoir, nos trois amis racontent leur histoire. Comme ils sont généralement plutôt discrets, je ne me serais jamais attendu à ce que j’étais en train d'apprendre.

Ils viennent tous du même petit village en Italie. Il s'agit de Massimo et Vincenzo, deux docteurs, et Frederico, le fils de Vincenzo.

Il y a environ 3 ans, un énorme tremblement de terre a détruit leur petit village. Ils ont tout perdu : leurs maisons, leurs biens et leurs proches. La femme et les enfants de Massimo sont décédés, ainsi que la femme et la fille de Vincenzo.

Frederico, de nature plutôt stoïque, a les yeux plein d'eau en nous racontant l'animation qu'il a fait aujourd'hui pour une petite fille à l'hôpital. Apparemment, elle ressemblait comme deux gouttes d'eau à sa sœur qu'il a perdue dans le tremblement de terre.

Malgré tout, leur discours est rempli de joie de vivre et de reconnaissance. En effet, ils se considèrent chanceux d'être en vie.

Chanceux que l'un des enfants (Frederico) soit encore en vie.Chanceux de s'avoir encore les uns les autres. Que dans le fond, ce n’est pas plus grave que ça d'avoir perdu tous leurs biens matériels, parce qu'ils ont encore le plus important: l'amour.

C'est pour ça qu'ils trouvent aussi important de participer à ce projet dans les orphelinats et les hôpitaux: pour donner un peu d'amour à ceux qui n'ont personne au monde. Pour s'attaquer à ce que je considère qu'il y a de pire pour la santé d'un humain : la solitude.

C'est à ce moment que j'ai réalisé à quel point j'étais entouré de gens exceptionnels.

Tout au long du voyage, j'aurai l'occasion d'apprendre les histoires respectives de plusieurs clowns y participant. Je me considère extrêmement chanceux d'avoir croisé le chemin de chacun d'entre eux.

Tsé là... des gens qui prennent un grand plaisir à faire du bien aux autres, sans rien demander en échange. Des gens qui semblent parmi les plus épanouis et heureux que j'ai vu de ma vie.

Des gens qui ont compris de quoi.

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