7 sept.: L'éditorial

Benoit
Benoit Charette
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Pour ou contre l'invasion électronique

Nous vivons dans un mode qui est de plus en plus géré par l’électronique, les communications instantanées et le maintenant, tout de suite.

tableau de bord électronique

Aucun domaine n’y échappe, pas même l’automobile. Pour vous donner un exemple de la poussée de l’électronique au cours des dernières années, nous pourrions vous dire que beaucoup de voitures incorporent six, sept ou huit ordinateurs de bord. Que depuis quelques années, les compagnies responsables de la conception de tableau de bord dans les voitures sont les mêmes qui habillent les postes de pilotage des avions de chasse et que dans bien des cas, si l’électronique flanche, vous avez un poids mort entre vos mains. Un exemple concret pour appuyer cette théorie. La semaine dernière, sur ma liste d’essai une superbe Jaguar XJ L Supersport avec moteur V8 compressé de 510 chevaux.

Un bon départ.

En prenant le véhicule chez le concessionnaire, pas de problème, il arrive à bon port. Le lendemain, au moment de reprendre la voiture pour un essai, la télécommande à distance ne fonctionne plus. Sur le moment, je me dis que c’est peut-être la pile de la télécommande qui est à plat, mais le véhicule n’a que 5 000 km. Je me rends à la pharmacie pour changer la pile. Mais rien n’y fait, cela ne fonctionne toujours pas. Je réussit à ouvrit la porte du conducteur avec la clé de secours caché dans la télécommande pour me rendre compte qu’il  n’y a plus d’électricité à bord, la batterie est complètement à plat.  Le seul problème c’est que la batterie se trouve dans le coffre et le coffre fonctionne avec une ouverture électrique, or, il n’y a pas d’électricité, pas moyen de survolter la voiture. Il y a bien une méthode  de secours, mais cela relève de l’art dramatique. Bref, je me suis ramassée en moins de deux avec une ancre de bateau de 140 000 $. J’ai vu là les limites quelquefois ridicules de l’implantation de l’électronique qui s’occupe de tout, mais qui vous laisse fort dépourvue en cas de panne.

Tout cela part d’un bon principe

C’est connu, on n’arrête pas le progrès, mais pourrait-il y avoir un juste équilibre qui soit respecté et pourrait-on aller trop loin dans la quête de la soi-disant sécurité automobile. Les constructeurs automobiles, quels qu'ils soient, ont fait le choix de moderniser leurs véhicules, un geste tout a fait louable et qui a sauvé bien des vies depuis ses premiers balbutiements. La ceinture de sécurité de série a été un premier pas en ce sens. Il faut se souvenir de cette époque, pas si lointaine, finalement, où personne n'était attaché dans une voiture.  Plus récemment de grandes améliorations sur le freinage, la direction, le contrôle, et la régulation de la vitesse. Des équipements tels que ABS, ESP, régulateur de vitesse, ou encore limiteur de vitesse, ont vu le jour. Les ingénieurs se sont appliqués à rendre sûre la conduite automobile. Le conducteur se sent en sécurité dans son habitacle. Les ordinateurs de bord sont de plus en plus perfectionnés. Ils permettent au véhicule de diagnostiquer une panne en temps réel.

Les sièges sont devenus réglables en hauteur, en profondeur, chauffante. Les volants prennent de la hauteur, de la profondeur, pour garantir une aisance de conduite optimale. Les rétroviseurs s'orientent en manipulant un simple bouton électrique. Pour se déplacer de manière plus rationnelle, les automobiles sont maintenant équipées de GPS, de téléphone mains libres, de prises pour les ordinateurs. À l'arrière des sièges avant, des écrans LCD sont intégrés dans les appuis-tête, reliés à des lecteurs DVD, pour permettre aux enfants de trouver le voyage moins long. La voiture moderne est ludique. Ce n'est plus seulement un moyen de locomotion. C'est devenu un véritable espace de vie. Un peu comme dans son salon.

Quelle place reste-t-il au conducteur ?

À vouloir tout faire à la place du conducteur au nom de la sécurité, les constructeurs oublient trop souvent un ingrédient essentiel : le conducteur lui-même. Des études européennes prouvent que depuis quelques années, de plus en plus d’accidents sont causés par des conducteurs qui manquent de vigilance. Dans un premier temps, plusieurs quittent les yeux de la route, distraits par trop d’électronique à bord, d’autres perdent carrément l’attention au volant, car la conduite est pratiquement devenue secondaire en raison de la gestion électronique qui prend le dessus. Il ne faut jamais oublier que le conducteur doit rester l’élément central de la conduite automobile. L'électronique ne doit être qu'une assistance. Elle ne saurait remplacer la personne installée derrière son volant. Les conducteurs, trop sécurisé par leurs voitures relâchent leur attention. La confiance en des équipements de plus en plus perfectionnés provoque des erreurs. La voiture est devenue dans bien des cas un espace de vie confortable ou la conduite est passée au second rang. Trop de conducteurs sont devenus comme un pilote automatique, et c’est là tout le drame. Ils pensent, à tort, que la voiture peut faire le travail à leur place. Il faut se souvenir qu’un véhicule est une arme potentielle. La vigilance est la plus grande qualité d’un conducteur. La voiture n'est qu'un amas de technologie. Ce n'est pas un être vivant. L'individu au volant commande. L'automobile se doit d'obéir. Il faut rester maître à bord.  Au volant, la seule chose importante est de conduire, cela devrait être votre seule préoccupation.

Benoit Charette est copropriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2011. On peut aussi l’entendre tous les vendredis à 14 :05 dans l’émission Dutrizac l’après-midi au 98,5 FM à Montréal.

Lieux géographiques: Montréal

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