3 août 2010: L'éditorial / General Motors n'a pas vraiment changé

Benoit
Benoit Charette
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Rappelez-vous, il y a un an à peine, les dirigeants de GM tenaient un discours de repenti. La crise devait tout changer. Le monde automobile ne sera plus jamais le même et nous GM) devrons changer notre façon de faire.

GM à Détroit

Le comportement et les attentes des consommateurs devaient connaître un bouleversement profond. La crise devait rebattre les cartes entre les constructeurs. Et les pays émergents devaient devenir l'unique Eldorado d'un monde du quatre-roues désespérément à la recherche de croissance. Force est de constater que le comportement des constructeurs automobiles et des consommateurs à bien peu changé. Les ventes de modèles hybrides sont statiques depuis 6 mois et les ventes de camions a augmenté de 15% aux États-Unis. GM continue de vendre des véhicules au rabais, d’offrir des taux de financement à 0% en multipliant les incitatifs. Personnellement je ne vois rien dans cette attitude de bien différent à ce qui se passait avant la crise. Sauvé par le contribuable américain, General Motors retrouve même le chemin de la croissance. Et les grandes alliances attendues n'ont finalement débouché que sur un modeste mariage à l'essai entre Renault et Daimler. 

Le retour en bourse de GM

Au-delà des dirigeants qui clament le retour à la normale, et c’est précisément cela qui m’inquiète, GM prépare aussi son retour en bourse. L'ex-numéro un mondial de l'automobile qui perdait encore près de 90 millions de dollars par jour en 2008 avant de faire faillite enclenche un processus de retour en Bourse que l'on nous promet déjà triomphant. D'ici à la fin de l'année, si aucun cataclysme financier ne s'abat sur la planète, le champion déchu de l'auto « made in USA » sera à nouveau coté sur un marché boursier qu'il avait piteusement abandonné en mai 2009. Plombé par des dizaines de milliards de dollars de dettes et incapable d'assumer la retraite ou les frais de couverture santé de ses salariés, ce constructeur déjà en perte de vitesse avant même que n'éclate la crise financière a depuis été sauvé par le contribuable américain et plus de 52 milliards de dollars de fonds publics.  Politiquement et socialement, l'administration Obama n'avait pas le choix. Un dépôt de bilan de GM aurait été une catastrophe tant humaine qu'économique qui de toutes les façons aurait eu un terrible coût pour une collectivité américaine déjà confrontée à l'une des pires récessions de son histoire. 

Le retour à Wall Street de GM laisse tout de même comme un arrière-goût amer. Non seulement ce sauvetage, à l'approche des élections législatives américaines de mi-mandat de novembre prochain, fera l'objet d'une terrible récupération politique. Mais surtout, sur le terrain économique, ce « come-back » a quelque chose d'indécent. La capitalisation boursière de GM pourrait atteindre les 80 à 90 milliards de dollars, soit plus que n'importe quel constructeur à l'exception de Toyota et deux fois celle d'un Ford n'ayant reçu aucune aide. Il ne faudrait pas que, demain, les actions de GM dopée aux fonds publics se transforment en assignats permettant à l'Américain de racheter certains de ses concurrents. Il ne faut pas oublier que GM vit encore en ce moment avec l’argent des contribuables et que rien dans le plan d’affaire de la compagnie n’a changé depuis la quasi-faillite de l’an dernier.. GM va encore s’en tirer en faisant une grosse grimace à la société américaine, aux gouvernements et aux consommateurs.

Je ne veux pas être un prophète de malheur, mais j’espère seulement que GM n’aura pas à faire face à une autre situation similaire, car si j’étais le gouvernement, il n’y aurait pas de 2e chance au crédit.

Benoit Charette est copropriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2011.

 

 

 

 

Organisations: General Motors, Daimler, Obama Ford

Lieux géographiques: USA, Bourse

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