Des Béninois et des yovos

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Quatrième chronique en provenance du Bénin

Tout autour de moi, des enfants. Une bonne vingtaine de gamins, sagement regroupés, pas envahissants. Présents. Ils observent le moindre de nos mouvements. On mange, ils nous regardent. On se lave avec un seau d’eau, ils nous scrutent. On écrit une chronique, ils sont tous là, à fixer l’écran, ébahis, à commenter à voix basse. Alors, imaginez quand je prends des photos, ou encore mieux, des vidéos, et que je les invite à observer leur visage sur l’écran. Ils s’animent, rigolent, s’exclament, se tapent sur l’épaule, en redemandent. Mon public est insatiable!

Nous sommes en pays somba, dans le nord-ouest du Bénin. Pagayé, un village ottamari d’environ 300 âmes, est la première étape de notre trek. Nous y sommes arrivés pour le dîner. Nos tentes sont plantées sous l’arbre, à côté de l’école. Le soleil tombe rapidement. Nous sommes partis tôt ce matin de Natitingou – Nati pour les locaux – pour traverser à la marche les collines de l’Atakora, puis avons déambulé de village en village. L’accueil est chaleureux, curieux.

Vous voulez en savoir davantage? Vous devrez patienter encore un peu! D’abord, j’ai encore une foule de choses à vous raconter. Mais surtout, je préfère consacrer un seul texte à ces trois jours de trek intenses en découvertes et en chocs culturels. Vous devrez donc attendre la prochaine chronique, mais je vous promets de belles surprises au cours des prochaines lignes si vous acceptez de me suivre dans notre périple.

Retour en arrière

Avant notre trek, nous avons passé deux nuits à Nati. À notre arrivée à l’hôtel, La Petite vie jouait sur grand écran! En version originale, sous-titrée en français. Nous nous sommes sentis comme à la maison. Après une journée de route du sud au nord, c’était réconfortant. Hier, nous avons fait le tour de la ville: les monuments consacrés au fondateur, la longue artère principale en plein asphaltage large de quatre voies séparées par un terre-plein, le petit marché vibrant d’activités… Et sa population, si fière de sa ville choisie pour célébrer le 51e anniversaire du Bénin et qui, pour l’occasion, s’est refait une beauté.

Le moment phare de la journée, sous une chaleur écrasante, était sans conteste les chutes de Kota. Une petite randonnée nous a menés au pied d’une chute magnifique, dans un bassin invitant pour la baignade. En moins de deux, nous clapotions tous dans l’eau rafraîchissante. Nous étions ensuite prêts à escalader la paroi rocheuse surplombant la chute, d’où le panorama sur la région était époustouflant.

Des yovos dans la foule

Au Bénin, rien à faire, nous ne passons pas inaperçus! Nous sommes la minorité visible. Le mot «touriste» est écrit sur notre front blanc. En plus, on se déplace en petit groupe. Pire: nous sommes parfois vêtus du même t-shirt! La plupart des Béninois sont à la fois curieux et amusés par notre présence. Le Bénin est loin d’être une destination touristique par excellence. On nous sourit, on nous salue… L’accueil est aussi chaleureux que la température. Mais contrairement à leur climat, les Béninois ne sont pas étouffants.

La réaction chez les enfants est encore plus spontanée. Même si, règle générale, ils maîtrisent moins le français que leurs parents, puisqu’ils n’en ont pas terminé l’apprentissage à l’école, ils tiennent à échanger avec nous. Quelques tout-petits pleurent en nous voyant, surpris par la rencontre de yovos. Parfois, ces rapprochements se font au grand dam de leur enseignante ou de leurs parents, puisque les enfants qui vont à notre rencontre sont complètement déconcentrés. Partis dans un autre monde. Et nous, nous faisons une fantastique incursion dans le leur.

Mains tendues

Donne-moi ton collier! Je veux un crayon! As-tu un cadeau pour moi? J’ai parfois l’impression qu’on m’impose le rôle de père Noël. Je refuse souvent de l’endosser. Mais quand je me décide à sortir une surprise de mon sac, ça devient épeurant.

J’ai apporté avec moi deux gros sacs de ballounes. J’en ai remis à des gamins d’âge préscolaire. Tout s’est déroulé dans le calme et l’ordre. Le lendemain, j’en ai donné à deux fillettes qui accompagnaient leur maman participant au Projet femmes de Porto-Novo. Puis, une mère s’est avancée discrètement. «Moi aussi j’ai des enfants. Je peux en avoir?» Je sors mon sac de ballons pour lui en remettre quelques-uns. Et là, ça dégénère. Sérieusement.

En quelques secondes, j’étais encerclée, assaillie. Je ne voyais que des mains tendues vers moi, insistantes. C’était la pagaille. Je distribue rapidement quelques ballounes à une, puis à l’autre, et avant même que je reprenne mon souffle, mon sac était vide! Ensuite sont venus la déception, les reproches. «Et moi? Tu n’as pas autre chose à me donner?» Euh, non! Demande à tes collègues de partager, bon! C’est une belle valeur, après tout.

Je n’apprends pas de mes erreurs. Le lendemain, dans la cour du roi, les Amazones préparaient leur spectacle de danse. La chef des Amazones (ma sœur-sœur) veut échanger des messages avec moi. Je sors un calepin et un crayon pour prendre en note son adresse courriel. À peine ai-je terminé qu’une autre Amazone réclame le stylo. Non, pas celui-là. Je pars chercher un petit étui à crayons, dans lequel j’avais glissé quelques spécimens pour les occasions comme celles-là. La très vaste majorité des crayons en ma possession seront plutôt remis à des écoles. Quelques collègues de travail m’ont d’ailleurs donné un fier coup de pouce à cet effet.

Je sors les crayons de mon étui et voilà toutes les Amazones qui retrouvent leur âme de guerrières. J’étais à leur merci! Des mains tendues, des coups de coude, les demoiselles s’étaient transformées en bêtes, toutes griffes sorties! Une fois de plus, après les cadeaux, le chialage. Cette fois, j’ai moi aussi exercé mon autorité en la matière. Trois jeunes hommes s’avancent vers moi, torses bombés. Le premier m’appelle d’un bruit similaire à celui que j’émets quand j’appelle mon chat. Je me retourne et lui explique fermement de ne plus jamais, mais là jamais s’adresser à une femme de cette façon. J’ai exigé des excuses, que j’ai obtenues! Puis il a obtenu ce qu’il voulait: un crayon, qui avait miraculeusement survécu au carnage. C’est fou, le pouvoir d’un crayon!

Ainsi fon-fon-fon…

J’apprends le fon! Il s’agit de la langue locale la plus parlée. Afo-han, awanou, edabo… (Orthographe approximatif.) Mon préféré: haaan! Ça veut dire oui. L’intonation ressemble un peu à celle d’un ado à qui tu demandes une réponse affirmative.  Je prends plaisir à saluer les gens dans leur langue. Ça les fait sourire. Je crois comprendre que mon accent est nul, mais je persiste! Après tout,  «on ne mange pas un éléphant en une seule bouchée». (Annie m’avait mise au défi d’arriver à ploguer ce proverbe africain dans une de mes chroniques. Défi relevé avec brio!)

Mais le fon n’est pas la seule langue vernaculaire au pays, qui en compte des dizaines. Dans le nord, où nous sommes actuellement, le fon fait place à plusieurs autres dialectes. Heureusement, le français est la langue officielle. La barrière linguistique est donc bien souvent levée, ce qui facilite les rapprochements. En attendant que je sois fluide en fon… ainsi que dans toutes les langues parlées par les Béninois que nous rencontrons.

Vaudou et lames de rasoir

Oubliez les poupées et les statuettes transpercées d’épingles. Le vaudou, c’est d’abord et avant tout de la magie blanche. Les Béninois en parlent avec conviction, abordant d’emblée le sujet sans même être questionnés, devant une bonne bière dans une buvette. Ça fait partie de leur vie, tout simplement. Le vaudou ne les empêche pas de croire en dieu.

Au palais du roi, Thomas était fiévreux et souffrait d’une migraine. Le voyant dans cet état, Charlemagne, l’éclaireur du roi, s’est mis en tête de le soigner. La nuit tombée, alors que nous terminions notre repas, il arrive avec une bassine d’eau et une lame de rasoir. Sans plus d’explication, il demande à Thomas d’appuyer sa tête contre un mur. Thomas s’exécute, sans conviction, craignant les scarifications. Charlemagne trempe les mains de l’adolescent dans la bassine et frotte la lame de rasoir contre ses paumes, répétant son nom et exigeant que la migraine disparaisse. La consultation terminée, Charlemagne nous a expliqué la technique, que nous pouvions tous appliquer. Thomas avait moins mal à la tête. Le lendemain, c’était parti. Le vaudou? La plupart des Béninois répondraient: bien évidemment!

Bobos bénins

Le Bénin, ça ne nous fait pas! Nous y avons tous passé, ou presque, les uns après les autres. Notre corps se rebelle contre la bouffe, la pollution, la température, la poussière… Tout a commencé avec la tête de Thomas, puis ce fut au tour de l’estomac d’Annie, des chevilles de Lise, de la peau de Geneviève et de mes poumons. François, lui, est indemne. Pour le moment.

 

LE BÉNIN EN BREF…

Les Béninois déclinent leur nom complet en commençant par leur nom de famille.

Un chandail coton ouaté et des bobettes, rien de plus, est un accoutrement tout à fait acceptable pour un enfant qui joue dehors en ville.

Toutes les femmes transportent leur bébé sur leur dos avec un pagne. Les enfants sont particulièrement souples, en position de la split, les jambes étendues de chaque côté de la taille de leur maman.

Un peu partout, des barrages routiers sont érigés sur la route. Ils prennent diverses formes. Il peut s’agir de barrages policiers, de rétrécissement de la chaussée à l’aide de divers objets, obligeant les véhicules à ralentir sérieusement, ou encore de pneus ou autres objets disposés sur la route de façon à créer un parcours à obstacles, forçant les conducteurs à zigzaguer. Souvent, ces barrages permettent de réclamer de l’argent aux transporteurs. Avec son accès à la mer et sa minuscule superficie, le Bénin dessert plusieurs pays avoisinants en marchandises de toutes sortes. Nous n’avons jamais été importunés.

Presque systématiquement, les véhicules qui circulent sont chargés, surchargés. Huit personnes dans une voiture? Tout à fait envisageable. Il n’est pas rare qu’il y ait autant de bagage sur le toit que le volume même du véhicule. Ça défie parfois les lois de la physique!

De chaque côté de la route, plusieurs bâtiment sont en construction. Les sites semblent être laissés à l’abandon.  C’est à se demander si ces constructions seront un jour achevées…

En région, les maisons de terre sont communes.

Comme au Québec, quand on trinque, on dit «tchin-tchin»!

«Servante!» est une façon non seulement appropriée, mais flatteuse, de s’adresser à une serveuse.

Un gros impair à éviter à tout prix est de payer avec la main gauche. Paraîtrait qu’elle est sale. Pas facile pour une gauchère!

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Commentaires

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Derniers commentaires

  • Michele Powell
    29 janvier 2012 - 18:56

    Bonjour a tous! Ayant fait le meme voyage avec la Fondation l'annee derniere, imaginez les merveilleux souvenirs qu'evoque le recit de vos aventures! Quelle joie de vous lire! Mais aussi quelle deception de n'avoir pu faire partie du voyage cette annee.... Alors bonne continuite et salutations a Benoit, Rasak et tous les autres qui etaient la l'annee derniere.Aussi bien le bonjour a M. Francois!

    • Marilaine Bolduc-Jaob
      Marilaine Bolduc-Jaob
      06 février 2012 - 04:59

      J'ai transmis avec plaisir vos salutations. Tous ont gardé de fantastiques souvenirs de vous et de l'expérience vécue l'an dernier. Ils m'en ont reparlé au cours des jours suivants. Rasak m'a même chargée de vous remettre quelque chose... Contactez-moi!

  • Julian
    29 janvier 2012 - 14:26

    Je comprends enfin pourquoi vous serez indisponible avant le 7 février. Au plaisir de lire ce "Récit de Voyage" jour après jour. Bon séjour.

    • Marilaine Bolduc-Jacob
      Marilaine Bolduc-Jacob
      06 février 2012 - 05:01

      De retour au bureau demain. Au plaisir de vous accueillir comme stagiaire!

  • Julian
    29 janvier 2012 - 14:26

    Je comprends enfin pourquoi vous serez indisponible avant le 7 février. Au plaisir de lire ce "Récit de Voyage" jour après jour. Bon séjour.

  • Frederic Falardeau
    29 janvier 2012 - 10:11

    Je vois que tu continue a donner des lecons de politesse et de respect de la femme aux males du monde entier. Non sans inclure une petite dose d'humiliation... Je suis fier de toi!!!