Élections: les criminels s’en mêlent

Jocelyn S. Bourassa
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Mon père quitte la maison en sachant pour qui il va voter. À son retour, il annonce qu'il a voté pour un autre candidat. « Pourquoi tu as fait ça? » demande ma mère. Il hausse les épaules.

Chronique Histoires de crime

À force de lui poser des questions, mon mère finit par connaître la réponse. Cela fait trop longtemps pour que je me rappelle de tout en détail. C'était dans les années 60. Mais je me souviens qu'il avait été vaguement question d'hommes qui rôdaient autour des bureaux de vote. Juste leur vue intimidait électeurs et électrices.

« Tu sais pour qui voter j'espère! » répétaient ces hommes en croisant certains électeurs, ai-je appris plus tard. C'était de l'intimidation. Et c'était pratique courante.

Corruption et fiers à bras

Des pégreux trifluviens et des membres de la mafia de Montréal ont été vus durant plusieurs soirées électorales à Trois-Rivières dans les années 60 et 70, comme l'a démontré le dossier publié par l'Hebdo Journal l'an dernier sur les moeurs de l’époque.

La mafia montréalaise, chassée de Montréal par l'administration Drapeau au temps de l'Exposition universelle de 1967, faisait des affaires à Trois-Rivières.

En fait, au Québec à l’époque, beaucoup de partis politiques avaient leur propre équipe de fiers-à- bras embauchés pour les circonstances. L’organisateur chargé de monter cette équipe s’arrangeait pour que le travail se fasse dans l’ombre du chef du parti.

Si le chef du parti devenait maire ou premier ministre, son chef de cabinet prenait souvent la tête de l’organisation. Enfin, pas directement, mais il s’arrangeait pour tenir le chef du parti loin de ce travail plutôt, disons, compromettant.

Au-delà du terrain à proprement parler, où s’activaient les fiers-à-bras, d’autres personnes occupaient des postes élevés dans l’organisation d’un parti, tout en gagnant leur vie à titre de criminel.

Aucun scrupule

L’ouvrage la Filière canadienne de l’auteur Jean-Pierre Charbonneau, le livre de référence en matière de mafia et de criminalité dans les années 1900 au Québec, en criminels de toutes sortes, fiers-à-bras ou spécialistes de la corruption, qui ont gagné une partie de leur vie en politique.

L’une des histoires les plus spectaculaires concerne le fameux bandit Lucien Rivard, qui a déjà fait l’objet d’un film et d’une série télévisée. Il était propriétaire du Domaine idéal au nord de l’île, une plage très « in » dans les années 60.

À l’époque, Rivard était le plus gros trafiquant de drogue au Canada. De l’héroïne surtout. Il faisait des affaires avec Frank Cotroni, l’un des gros noms de la mafia italienne. L’évasion spectaculaire de Rivard de la prison de Bordeaux avait fait les manchettes. Subitement Rivard était devenu l’homme le plus recherché au pays.

Selon Charbonneau, l’un des adjoints de Rivard était un dénommé Gaston Clermont. Or, ce Clermont était un organisateur libéral reconnu sur l’île Jésus. Chef de l’entreprise B.C Asphalt LTD, Clermont passait du bon temps avec Rivard à Acapulco, au Mexique.

En 1964, le procureur général américain, Robert Kennedy, demande à ce que le Canada lui livre quatre trafiquants de drogue pour qu’ils soient jugés aux États-Unis. Parmi eux figure Lucien Rivard.

Pour empêcher l’extradition du caïd de la drogue, l’ancien président de l’Association libérale de Chambly, et organisateur libéral à tous les paliers –municipal, provincial et fédéral, accepte de servir d’intermédiaire entre des chums de Rivard et le chef du cabinet du ministre fédéral de l’Immmigration. Non seulement celui-ci reçoit une somme d’argent, mais il apprend que les chums de Rivard vont verser une contribution généreuse au Parti libéral.

Le chef de cabinet rencontre l’avocat québécois qui avait entrepris les procédures d’extradition au nom du gouvernement américain. Il lui offre 20 000$ pour libérer Rivard. « On aura besoin de Rivard aux prochaines élections », argue le chef de cabinet.

Une tonne de pression

L’avocat refuse. Les chums de Rivard le menacent de mort. L’adjoint exécutif du ministre de la Justice du Canada fait également pression sur l’avocat. Le chef de cabinet du ministre de la Justice également. Pour finir, un député libéral et secrétaire parlementaire du premier ministre du Canada, Lester B. Pearson, fait pression à son tour.

Et tenez-vous bien, le frère de ce député était un ami de Rivard depuis une dizaine d’années. Et qui était l’organisateur de ce député? Gaston Clermont, l’adjoint de Rivard.

L’avocat appelle la GRC. S’ensuivirent une commission d’enquête et une enquête policière. Et Rivard, se trouvant coincé, s’évade de Bordeaux. On y reviendra plus tard.

Pour terminer, Jean-Pierre Charbonneau nous apprend que le maire de la ville d’Auteuil à l’époque était un chum de Rivard et de Clermont. Le Domaine idéal de Rivard se trouvait à Auteuil.

(Sources: notes personnelles et le livre La Filière canadienne de l’auteur Jean-Pierre Charbonneau, publié aux Éditions de l’homme)

Cet article s'inscrit dans la série Histoires de crime qui renferme faits divers, procès célèbres et récits d'espionnage dont les archives se trouvent au www.lhebdojournal.com, actualités justice. Titres déjà publiés:

-L’affaire Benhabib-Tremblay: l’exemple de l’ex-Yougoslavie

-Élections: tué le soir de la victoire

-La bataille des étudiants contre Hitler

-Un prêtre avec des couilles

-À mort les enfants handicapés

-Massacre aux jeux olympiques

-La voisine d’en face était une espionne

-Omerta, Patrick Huard et la colère

-Tué pour avoir exprimé son opinion

-Meurtre au Journal de Montréal

-Le maire abattu à bout portant

-25 ans pour s'être frotté aux Américains

-La tigresse aux dents longues

-Le tunnel de la dernière chance

-Whitney Houston : le scandale des vendeurs de drogue

-Ces enfants qui tuent (fin)

-Ces enfants qui tuent (suite)

-Ces enfants qui tuent

-La mafia contrôlait le maire

-Le tueur aimait les bébés tigres

-Le masque du terrorisme

-Vieillard poignardé par deux fanatiques

-Gorge profonde n'avait rien à voir avec la porno

-Vous aussi vous pouvez tuer

-La légende de John F. Kennedy

-Le cinquième cavalier de l'Apocalypse

-L'affaire Dupont: le meurtre parfait?

-Il se croyait à l'abri au Mexique

-Jeté d'un avion dans un marécage (suite)

-Jeté d'un avion dans un marécage

-Une tête de criminel dès la naissance

-Ces films qui tuent

-Ces chansons qui tuent

-Ces livres qui tuent

-Google, Nicolas Cage et le marchand de la mort

-La légende de Vidocq

-Le deuxième Jack l'éventreur avait grandi au Québec.

-Un prêtre trafiquant de drogue

-On voulait kidnapper la femme de Rupert Murdoch

-Une deuxième liste Schindler (suite)

-Une deuxième liste Schindler

-Il fait pleuvoir des obus sur son hôpital

-Crash meurtrier : un Français relance l'Hebdo Journal

-Crash meurtrier pour le contrôle du pétrole (2)

-Crash meurtrier pour le contrôle du pétrole

-L'album Imagine de Lennon porte malheur

-Un génie qui fait sauter des bombes

-Son père fut sa première victime (2)

-Son père fut sa première victime

-Le crime du siècle (2)

-Le crime du siècle qu'on disait

-Le tueur en voulait au monde entier

-Le jour où des ados déclenchèrent la Première Guerre mondiale

-Tué par deux caméras

-Le meurtre qui secoua le monde (John Lennon)

-Sauvagement assassiné à Paris

-Trois-Rivières entourée de tireurs d'élite

-Tué pour avoir franchi la ligne

-L'époque où les femmes avaient le pape à leurs pieds

-Le vampire de Los Angeles reste à l'ombre

-Jack l'éventreur est de retour

Organisations: Hebdo Journal, Drapeau au temps, B.C Asphalt LTD Association libérale de Chambly Parti libéral GRC Commission d’enquête Le Domaine Histoires de crime Ces films Google

Lieux géographiques: Rivard, Montréal, Trois-Rivières Québec Canada Bras Des Clermont Bordeaux Mexique île Jésus Acapulco Auteuil États-Unis Yougoslavie Paris Los Angeles

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