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Le meurtre qui secoua le monde

Depuis l'assassinat de Lennon, ses admirateurs et admiratrices se regroupent devant le Memorial Imagine à Central Park.

Depuis l'assassinat de Lennon, ses admirateurs et admiratrices se regroupent devant le Memorial Imagine à Central Park.

Publié le 29 Juillet 2010
Publié le 29 Juillet 2010
Jocelyn S. Bourassa

Un revolver à portée de main, l’homme s’endort en se demandant : « Dois-je tuer John Lennon ou non? » C’était le 7 décembre 1980.

Sujets :
Olcott Hôtel , Rolls Royce , Lennon , New York , Dakota Building

Voilà deux jours que Mark David Chapman se promène à New York. La veille, il s’était pointé au Dakota Building, vieil immeuble qu’habite l’ex-Beatle. En attendant de croiser la superstar du rock, il lisait et bavardait avec le portier du Dakota.

Il était venu une première fois à New York le 27 octobre. Il avait loué une chambre au Olcott Hôtel, près du Dakota. Avant de quitter Hawaï où il habitait, il s’était acheté un revolver, un Charter Arms de calibre .38 et s’était procuré des munitions à Atlanta.

Après des heures à se demander s’il devait tuer Lennon ou non, il avait décidé de laisser tomber et de quitter New York à destination d’Atlanta. De là, il avait appelé sa femme: « Chéris, je m’en viens ! J’ai gagné! »

Faut dire que ça n’allais pas très bien dans la tête de Chapman. Trois mois avant le meurtre, il avait écrit à un ami: « Je me sens devenir fou ! » Il prenait plaisir à appeler un voisin pour chuchoter dans le combiné : « Bang, bang, shoot, shoot! », phrase célèbre de la chanson Happiness is a warm gun des Beatles….écrite par Lennon.

Voyant son mari dérailler, la femme de Chapman lui avait fixé un rendez-vous dans une clinique de santé pour le 26 novembre. Mais son mari ne retourna pas à Hawaï. Il avait décidé de revenir à New York.

Métamorphose

Le matin du 8 décembre, Chapman retourne au Dakota Building et attend Lennon à la porte. Il jase avec le portier et se remet à lire The Catcher in the Rye, un livre qu’il traîne avec lui depuis son arrivée à New York. Le héros du livre, un ado de 16 ans appelé Holen Caufield, déambule à New York en déblatérant contre les adultes. Il les trouve superficiels et “phony”. Or, Chapman avait découvert que Lennon était devenue un adulte superficiel. Un magazine avait publié un article tapageur où toutes les richesses de l’ex-Beatle y étaient étalées: terrains, fermes, villa au bord de la mer, voilier, cœur en diamant massif et Rolls Royce en guise de cadeaux. Le journaliste avait terminé l’article en reprochant à Lennon d’avoir troqué ses convictions personnelles contre un bien-être digne d’un seigneur. Chapman était en furie! Il en voulait à Lennon d’être devenu un gros bourgeois qui regarde la télé du matin au soir. Le temps d’une journée, soit le 8 décembre, il était devenu Holen Caufield. Il était à New York pour punir son idole.

Le meurtre

Chapman faisait le pied de grue lorsque, tout à coup, Lennon et sa femme Yoko sortent du building. Il apostrophe Lennon et lui demande un autographe. L’ex- Beatle s’exécute. Le couple s’engouffre dans une limousine et se dirige vers le studio d’enregistrement. Chapman reste sur les lieux. Il lit The Catcher in the Rye, échange avec le portier et les admirateurs et admiratrices de l’ex-Beatle venus écornifler. Un peu avant minuit, la limousine s’immobilise devant le Dakota. Yoko sort la première suivie de Lennon. Chapman s’avance, pointe son revolver et tire trois fois dans le dos de son idole. Sous la force de l’impact, Lennon virevolte vers Chapman qui tire deux autres coups, l’atteignant à l’épaule. L’une des deux balles fait un ricochet et se loge dans le cœur. Puis, Chapman laisse tomber son arme et se remet à la lecture de son livre. Le travail est terminé Lennon se précipite dans l’édifice en criant : « On m’a tiré dessus ! » Il s’effondre sur le plancher. Le portier du Dakota tente de lui faire un garrot. Yoko ne cesse de crier : « On a tiré sur John ! On a tiré sur John ! » Un policier demande à Chapman. «Sais-tu ce que tu as fait ? » L’homme répond: « Oui ! J’ai tué John Lennon ! » Voyant l’ex-Beatle vomir tout son sang, les policiers décident de ne pas attendre l’ambulance et de l’emmener immédiatement à l’hôpital. Une décision qui sera critiquée plus tard. Le décès sera constaté à l’hôpital. La nouvelle fit aussitôt le tour du monde. Un premier Beatle venait de mourir. Mark David Chapman venait d’anéantir les espoirs de milliers de fans qui rêvaient de voir les Beatles revenir un jour. Six jours après le meurtre, 100 000 fans observèrent dix minutes de silence dans Central Park, près du Dakota. Comme d’autres fans dans d’autres capitales du monde, ils se mirent à chanter All we are saying is give peace a chance.

Dieu intervient

Le 22 juin 1981, Chapman plaide coupable. Pourquoi? Parce que Dieu le lui avait conseillé dans sa cellule, juste avant de passer devant le juge. Selon des témoins, il empruntait des voix différentes, selon qu’il jouait Dieu ou Satan. Au regard de la défense, le meurtre était le résultat d’une crise de démence. Mais pour le juge, l’accusé était suffisamment intelligent pour plaider coupable en toute conscience.

Religion

Chapman avait grandi au cœur de la Bible Belt, région profondément religieuse du Sud. C’était un garçon effacé, surprotégé par sa mère avec laquelle il dormira même après ses douze ans. Comme des millions de gens dans le monde, Chapman avait succombé à la Beatlemania en 1964. Il se prenait parfois pour les Beatles donnant des concerts à son petit monde imaginaire dont les créatures peuplaient les murs de sa chambre. C’est sur Lennon que Chapman développa une fixation. Élevé dans la tradition religieuse, il accepta mal la déclaration de son idole en 1966 selon qui les Beatles étaient plus populaires que Jésus-Christ. « Lennon n’aurait jamais dû dire une chose pareille ! » avait-il dit. Chapman imitait les moindres gestes de Lennon. À la sortie de la chanson Lucy In The Sky With Diamonds, qu’on attribuait à la consommation de LSD, Chapman se mit à consommer les petites pilules magiques. À 15 ans, il se défonça à l’héroïne, tout comme Lennon. En 1971, il écouta le sermon d’un pasteur qui transforma sa vie. Chapman se métamorphosa. Il clama avoir rencontré Dieu et Jésus-Christ à la fois. Bon chrétien, il décida de venir en aide aux enfants dans les rues d’Atlanta. Il avait 16 ans. Au début des années 70, Chapman répétait avec un petit groupe de musiciens. Ceux-ci sursautèrent en l’entendant modifier les mots de Imagine. Chapman chantait : « Imagine Lennon is dead ! »

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