Le titre est un canular bien sûr, mais c’est ce qu’ont vécu les habitants de Sarajevo dans les derniers moments du siège de la ville qui a duré de 1992 à 1995. Selon les organisations des droits de l’homme, 10 000 civils dont 1500 enfants sont morts durant cette période de « séquestration urbaine ». Pendant la guerre de l’ex-Yougoslavie, l’armée et les milices serbes s’étaient postées sur les montagnes entourant Sarajevo. Il faut savoir que la ville est tapie au fond d’une vallée très étroite, entourée de massifs montagneux. Il était quasi impossible pour les résidents de s’échapper une fois la guerre enclenchée, sauf durant les périodes de cessez-le-feu.
L’enfer
À toute heure du jour et de la nuit, un obus ou la balle d’un tireur d’élite posté sur le flanc d’une montagne pouvaient atteindre les habitants. Que ce soit en allant faire les emplettes, en allant voir des amis, en allant chercher de l’eau. Les 400 000 habitants de Sarajevo ont alors découvert l’utilité des caves et des abris souterrains. Des bandes de voyous ont profité des circonstances pour commettre des viols, des meurtres et des vols. Des dénonciations entre voisins étaient monnaie courante. Des moments d’accalmie succédaient parfois aux périodes de bombardement intenses. Les gens en profitaient pour sortir et prendre un peu d’air. Mais ils n’étaient pas à l’abri du danger, au contraire! Un jour de janvier, six enfants furent tués par un obus en faisant de la luge. Puis, un obus s’abattit sur une file de gens qui faisaient le pied de grue à un point d’eau : sept morts. Lors d’une journée de beau temps, 66 civils furent tués par les obus au marché Markale. Un bombardement fit une vingtaine de morts parmi des gens qui attendaient devant une boulangerie pour se procurer du pain.
Sniper Alley
Du haut des collines, les tireurs d’élite serbes prenaient un malin plaisir à abattre les piétons circulant dans les rues. L’une d’entre elles voyait tant de gens tomber qu’on l’a surnommée la Sniper Alley. Ses tramways ont cessé de circuler un jour. Chauffeurs et usagers se faisaient descendre et les obus se chargeaient de réduire les tramways, tout comme les autos, en charpie. Aujourd’hui, plusieurs commandants serbes de l’époque font face à la justice internationale. Des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité pèsent sur eux. Plusieurs ont été condamnés à perpétuité.
Voyage à Sarajevo
L’auteur de ce texte a passé quatre semaines à Sarajevo en 2006. Des milliers de traces d’obus étaient encore visibles sur les murs extérieurs des immeubles. Des bâtiments n’avaient toujours pas été reconstruits. Des tranchées se voyaient parfois aux abords de la ville. On ne pouvait toujours pas circuler dans certains espaces situés dans les montagnes parce qu’ils étaient truffés de mines. Les années précédant notre visite, un guide touristique faisant visiter un parc régional avait perdu une jambe pour avoir posé le pied sur une mine. Pourtant, on lui avait tracé un sentier à suivre en toute sécurité. Pourquoi la mine se trouvait-elle là? Le gel et le dégel du sol avaient provoqué son déplacement. Selon les autorités médicales, beaucoup d’habitants souffre aujourd’hui de diabète, de dépression chronique ou autres maladies causées par le stress du siège de trois ans. Sur la porte de l’hôpital nous avions aperçu un icône : Défense d’entrer avec une arme. Malgré tout, on retournerait à Sarajevo demain matin. La ville est sans danger, les gens sont adorables et les montagnes sont splendides! Elles font partie des Alpes.




