C’est ce qui est arrivé à Ruth Search un beau jour de novembre 1960. Des policiers se présentèrent à son domicile et demandèrent, à Ruth et à son mari Wilfred, de bien vouloir accueillir, tous les jours, des hommes et des femmes qui viendraient se poster à la fenêtre de la chambre de leur fille pour observer les allées et venues du couple voisin. On soupçonnait d’espionnage l’une des meilleures amies de Ruth, Helen Kroger.
Les Search habitaient une maison à Ruislip en Grande-Bretagne. En décembre 1955, ils avaient vu un nouveau couple s’établir presque en face de leur résidence.
Le couple disait venir du Canada. L’homme s’appelle Peter Kroger. Il tient une librairie de livres d’occasion à Londres, écoute du Beethoven et du Tchaïkovsky et affiche une humeur égale. Il est plutôt discret de nature. On recherche sa compagnie dans le voisinage pour ses vastes connaissances sur différents sujets.
La femme se nomme Helen Kroger. Peu élégante, un langage laissant à désirer, un air presque masculin. Elle se présente comme une photographe amateur. Plus volubile que son mari, elle vient régulièrement chez les Search, histoire de bavarder avec Ruth. Tellement souvent que la fille de Ruth l’appelle « tante Helen ». C’est que Mme Kroger adore les enfants, voyez-vous, et elle ne se gêne pas pour les gâter.
Dans la maison des Kroger, rien de particulier, sinon les centaines de livres de Peter Kroger qui s’empilent du plancher au plafond. Un détail: les Kroger veillent tard la nuit. Très tard. Et très souvent.
AngoisseToujours est-il qu’Helen Kroger est très proche de Ruth Search qui n’en revient pas de voir des policiers se relayer chaque jour dans la chambre de sa fille pour guetter son amie Helen et son mari. Cela concerne la Défense nationale, répétait-on à Ruth pour l’empêcher de tout dévoiler à son amie. La maison d’en face, disait-on, est peut-être truffée de secrets d’État au profit des communistes. Des secrets de la marine royale, la fameuse Royal Navy britannique.
Les policiers se relayèrent tous les jours pendant deux mois. Même durant le jour de Noël de décembre 1960.
Mais qui étaient donc les Kroger? devait se demander Ruth Search.
La vérité? Les Kroger n’étaient pas canadiens, mais américains. Leurs vrais noms? Morris et Lona Cohen. Leur profession? Agents de renseignements pour Moscou. Pourquoi se couchaient-ils souvent tard la nuit? Parce qu’ils profitaient du calme de la nuit pour sortir le poste émetteur situé sous le plancher de la cuisine et transmettre les dernières informations recueillies à Moscou.
Les Soviétiques voulaient obtenir des informations sur le génie britannique en matière de détection de sous-marins. Une importante base navale britannique se trouvait tout près, dans la ville de Portland.
Des professionnelsNotez qu’avant de s’installer dans la petite ville de Ruislip, les Cohen avaient déjà un beau tableau de chasse. Ils avaient par exemple recueilli de précieux renseignements sur les essais nucléaires de l’Occident dans le Pacifique.
Le matin où Ruth Search apprit de la bouche des enquêteurs que les Cohen (Kroger)allaient être arrêtés le soir même, les preuves accumulées pour les inculper étant suffisantes, elle passa près de tout raconter à son amie Helen afin qu’elle puisse s’enfuir.
C’est en suivant un autre espion que les enquêteurs britanniques découvrirent les Cohen. L’espion soviétique leur amenait les informations à transmettre à Moscou.
Cet article s'inscrit dans la série Histoires de crime qui renferme faits divers, procès célèbres et récits d'espionnage dont les archives se trouvent au www.lhebdojournal.com, actualités justice. Titres déjà publiés:
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